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PHILIPPE DE MEZIERES

CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT

PHILIPPE DE MBZIÈRES

1327-1405

LA CROISADE AU XIV^ SIÈCLE

N. JORGA

PARIS

LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR

67, HUE DE lUCHELIEU, AU PREMIER

1896

Tous droits réservé»

PONTIFICAL INSTITUTE OF MFOIAEVAL STUOIES

59 QUEENS PARK CRESCENT

TORONTO-5, CANADA

OCT 6 195t

BIBLIOTHÈQUE

DE l'École

DES HAUTES ÉTUDES

PUBLIEE SOUS I,ES AUSPICES

DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES

CENT-DIXIEME FASCICULE

PHILIPPE DE MÉZIÈRES, 1327-1405 ET LA CROISADE AU X1V° SIECLE,

PAR N. JORGA

PAIUS

LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR

67, HUE DE HICIIKLIEU, AU l'REMIEIl

1896

Tous droits réservés

OCT 9 195\

\fe3. Jfe

Sur l'avis de M. Charles Bémont, maître de conférences d'histoire, et de MM. A. Longnon et J. Roy, commissaires responsables, le présent mémoire a valu à M. Nicolas JoRGA le titre à' élève diplômé de la section d'histoire et de philologie de l'Ecole pratique des Hautes Eludes.

Paris, le 25 juin 1893.

Le Directeur de la conférence, Signé: Ch. Bémont.

Les Commissaires responsables, Signé: A. Longnon, F. Roy.

Le Président de la Section, Signé: G. Paris.

A MONSIEUR GABRIEL MONOD

HOMMAGE RECONNAISSANT

N. JoRGA. Philippe de Mézières. -^

\1\

INTRODUCTION BIRLIOGRAPHIQUE

Nous diviserons cette introduction en deux parties: dans la première nous indiquerons les sources imprimées et manuscrites de notre tra- vail, dans la seconde les ouvrages qui nous ont fourni des renseigne- ments.

PREMIÈRE PARTIE : SOURCES.

§ I. OUVRAGES DE MKZIÈRES.

Les œuvres de Philippe de Mézières étant la principale source pour l'histoire de sa vie et de ses idées, nous les indiquerons tout d'abord, en les rangeant autant que possible d'après Tordre chronologique de leur composition.

Après 1365. Quednm scri'phtra breviter rocoUecln de laudahili et devota intencione... régis Pelri de Lizingniaco. Bibliothèque de l'Arsenal, n» 499.

V. la Revue historique de 1892 (XLIX, l*"- fasc), Une collection de lettres de Philippe de Mézières.

1366. Vita S. Pétri Thomasii. Ms. perdu (?). Imprimée par Henschen dans les Acta Sanctorum du 29 janvier et, par le même, à Anvers, 1659.

1366-82. Lettres, pièces diplomatiques et discours. Bibliothèque de l'Arsenal, n" 499. V. l'article cité de la Revue historique.

1367-8. Nova religio Passionis (t'-« rédaction). Bibliothèque Mazarine, n» 1943. Bibliothèque Bodléienne, à Oxford, fonds Ashmole, n°^ 813, 865. V. A. Molinier, dans les Archives de l'Orient latin. I.

1372-3. Lettre sur la fête de la Présentation, office et mystère. Biblio- thèque Nationale, lat. 14511, 14454, 17330.

1376. Somnium Viridarii (te.xte latin). Bibliothèque Nationale, lat. 3180 c, 3459 A. Londres, British Muséum, 19 C IV. Vienne, Biblio- thèque impériale, n<> 2652 (fragments).

llditions : Aureus de utraque potestate libcllus... Somnium Vi- ridarii vulgariter nuncupntus. Paris, Galliot du Pré, 1516, petit in-4; Goldast (Melchior). Monarchia romani imperii. I. Hanovre;

— vnj —

1611 (l''<= édition). Traités de droit, Lyon, Georges Regnault, 1544, in-fol.. X\

1376-8. Songe du Verfjier (traduction française du précédent ouvrage). Ribliothùque Nationale, franc. 537, 1066, 9195, l'2442, 24290-1; nouv. acq. franc. 1048. Turin, liibliotlièque Nationale, M VI, 7.

Éditions : Le sonçjc du Vergier, qui parle de la dispulation du clei'c et du chevalier. Lyon (/), J. Maillet, 1491, petit in-fol. ; Paris, Jelian Petit, vers 1500, in-fol.; .\ngers, Jehan Alisot, vers 1500, in-fol.; Brunet, Traitez des droits de l'Église gallicane, II, Paris, 1731, in-fol.

V. P. Paris, Manuscrits français, IV; Notices et extraits, XXXI, l""" partie (article de M. L. Delisle).

1382. De landibus béate Marie Virginis super « Salve sancta parens ». Bibliothèque Nationale, lat. 14454.

1384. Nova religio Passionis (deuxième rédaction). Bibliothèques Ma- zarine et Bodléienne, n"* cités. V. l'article cité de M. .\. Molinier.

1386-7. Testament. Bibliothèque de l'Arsenal, n° 408. Bibliothèque Na- tionale, n° 15077.

1386-7. Conlemplacio hoi'e mortis. Ms. cité de la Bibliothèque de l'Ar- senal.

1386-7. Soliloquium peccatoris. Ms. cité de la Bibliothèque de l'Ar- senal.

1389. Songe du vieil Pèlerin. Bibliothèque de l'Arsenal, n"^ 2682-3. Bibliothèque Nationale, no* 9200-1, 22542. Bibliothèque impériale de Vienne, n" 2251.

1389-90. Oratio tragedica. Bibliothèque Mazarine, n° 1651.

1395. Lettre de Charles VI à Richard IL Publiée dans Kervyn de Lettenhove. Chroniques de Froissant, XV.

1395. Epître au roi Richard. Londres, British Muséum, Royal B IV. Cf. Kervyn de Lettenhove, ouvrage et volume cités.

1397. Épislre lamentable et consolatoire. Bruxelles, Bibliothèque de Bourgogne, n° 10486. Ms. Ashburnham, perdu (?). Publiée en partie dans Kervyn de Lettenhove, ouvrage cité, t. XVI. ? Livre de prières. Bibliothèque Mazarine, n° 516.

§ IL AUTRES MANUSCRITS ET DOCUMENTS ORIGINAUX».

Nous rangerons nos indications par pays, en commençant naturelle- ment par les bibliothèques et archives de Paris qui nous ont fourni le plus grand nombre de manuscrits et de documents.

Paris.

Archives nationales.

Série .Ll pour le xiv« .siècle; K 49, 54; KK6; LL 1505 ; M 105; P 1189, S 3757 A, 3758 A et 3758 b, 3780, 3813, 3822; X'^'^ 13». Bibliothèque Nationale.

Ailly (Pierre d'). Contra novos Judeos. Lat. 3122.

1. Pour les imprimés, voy. pp. xi (§ Ouvrages cités).

— IX —

Amadi (Fr.)- Chronique de Chypre. It. 387.

Avis du Grand-Maître des Hospitaliers. Lat. 7470.

Avis du roi de Sicile. Fr. 6049.

Avis de rév^lque de Langres. Lat. 7470.

Bustron (Florio). Chronique de Chypre. It. 833-4 et Informatione di Cipro. It. 835.

Cagnola (G. Pietro). Chronique. It. 261.

Carmesson (Jean). Vila S. Pétri. Lat. 5615.

Caroldo. Chronique de Venise.

Cronica veneziana (depuis Attila). II. 16.

Firmianus. De viris illustribus Cclestinorum. Lat. 18330.

Hayton. Fleurs des histoires.

Khalil-Dhaheri, trad. Ventura. Nouv. acq. franc. 3160.

Laon (Chronique de Vabbé de). Fr. 10138.

Sainte-Marthe. Histoire des Lusiynan. Franc. 24211.

Miscellanées. Lat. 1002. Franc. 21447. Bibliothèque de l'Arsenal.

V. Ouvrages de Mézières. Bibliothèque Mazarine.

V. Ouvrages de Mézières.

Allemagne.

Berlin. — Bibliothèque royale publique.

Anonyme arabe sur la prise d'. Alexandrie, mss. Wetzstein, II, 359-60.'

V. aussi Ouvrages de Mézières. Dresde. — Bibliothèque royale publique.

Cronaca di Venezia (-1444). F 160.

Crona.ca Zane. Hambourg. — Bibliothèque de la Ville.

Chronicon quorundam regum. Ms. hist. 31'>. Leipzig. — Bibliothèque de la Ville.

Formulaire de lettres de Charles IV. Rep. II, fol. 171. Munich. — Bibliothèque royale publique.

Chronica di Ferrara ftno al 1403. Lat. 850.

Lettre apocryphe sur la bataille de Smyrne. Lat. 4149.

Même lettre. Lat. 850.

Angleterre.

Londres. — British Muséum.

V. Ouvrages de Philippe. — Public Record Office.

Aiiciennes archives de la Gar dérobe, Comptes de Henri Snayth (29 juin 37 Edouard III -29 juin 38). Oxford. — Bibliothèque Bodléienne. V. Ouvrages de Philippe.

Italie.

Bologne. — Bibliothèque de l'Université.

Cronica di Caltanio de' Cattani (-1406). Ms. n° 429.

— X —

Cronica di Floriano di Pier Villola {Memorie istoriche) (1163- 1376). Ms. n° 1456. Cronica di Ramponi. Ms. n»» 112-113.

— Archives d'État. Bolle e brevi.

Ferrare. — Bibliothèque de l'Université.

Cronaca di Ferrara. Gênes. — Archives d'État.

Magistrorum ralionalium introilus et exitus.

Masser ia di Ca/fa.

— Archivio notarile.

Fogliuzzo d'Anlonio Credenza (1375-1 418) et Fogliazzo d'Antonio Foglielta (1386). Milan. — Bibliothèque Ambrosienne.

Cronica di Venezia fino al 1362. It, 85 inf. Bibliothèque nationale de Brera.

Cronica di Venezia, delta Zancaruola. AG x, 16. 2 vol. in-fol. Modène. — Archivio estese.

Pergamene di Slalo (Paci e tregue).

— Biblioteca estese.

Fragment des comptes de Vannée 1365 pour la cour de Savoie. Ms. Campori, n» 1245. Plaisance. — Bibliothèque municipale.

[Cesnola (de)J. Note illustrative di varie iscrizioni morluarie, con l'albero genealogico délia reyia Casa Lusignana e 17 tavole con disegni. Ms. Campagna, 14. Rome. — Archives du Vatican.

Registres des lettres secrètes et de la chancellerie sous Urbain V et partie du règne de Grégoire XI (Secr., 245-50, 263-4). Turin. — Archives d'Etat.

Comptes de l'expédition d'Amédée VI en Orient. Viaggio in Levante (Mazzi). Bolle e brevi (fnvenlario).

— Archives cainérales.

Comptes des trésoriers généraux de Savoie (Pierre Gervais, An- toine Barbier), 1360-70.

— Bibliothèque nationale. V. Ouvrages de Philippe. Venise. — Archives d'État.

Bolle e brevi.

Letlere de' rettori sec. XIV- VI.

Raspe.

Senato Misti (31-33).

— Bibliothèque de S. -Marc.

Chronique attribuée à Daniele Bai'baro ou à Niccolù Trevisan. It. VII, 92, 126, 790.

Cronica di tutta la provincia di Venezia — 1455. It. VII, 788.

Cronica di Venezia (1327-425). It. VII, 662.

Contarini (Donato). Cronica. It. VII, 64.

Memorie del pjassaggio per lo stato veneto di principi e soggetli esteri (1347-77). It. VII, 707.

Mussi (Gabriele de'). Récit sur la peste de 1349, Ms, lat. XIV,

264 et suiv. V. sur les éditions, Heyd, Hisl. du comm. du Levant, 2e éd., II, p. 196, note 1. Visconti (Galéas). Correspondance avec le Soudan. Même ms.

DEUXIÈME PARTIE : OUVRAGES CITÉS».

Aboulféda (Ismaël). Géographie, éd. et trad. Reinaud et de Slane.

Paris, 1837-40, 2 vol. in-4. Agostini (Giov. degli). Notizie... degli scrittori viniziani. Venise,

1752-4, 2 vol. in-4. Amadi (Fr.). Chronique de Chypre, éd. René de Mas-Latrie (Collection

de documents inédits sur l'histoire de France, 1891, in-4). Ammirato (Scipione). Islorie florentine, éd. de Florence, 1647, 3 vol.

in-fol., et de Turin 1853 (L. Scarabelli), 7 vol. in-12. André (J.-F.). Ilist. politique de la monarchie pontificale au xiv®

siècle. Paris, 1854. Anglure (Oger, sire d'). Le saint voyage de Jhérusalem, éd. Bon-

nardot et Longnon (Société des anciens textes). Paris, 1880, in-12. Annales Mediolanenses, dans Muratori. Rerum Italicarum scriptores,

t. XVI. Annales Sanctae Crucis polonicae, dans Pertz, Monumenta Germaniae

historica medii aevi, t. XIX. Ashmole (Elias). The institution, laws and cérémonies of the most noble

Order of the Garter. Londres, 1672, in-fol. Aumale (duc d'). Azotes et documents relatifs à Jean, roi de France, et

à sa captivité en Angleterre. Londres, 1856, petit in-8. Azarii (P.). Chronicon, dans Muratori, Rer. It. script., t. XVI. Backer (Louis de). L Extrême Orient au moyen âge. Paris, 1877, in-8 Baldelli (Giov.-Battista). Vita di Giovanni Boccaccio. Florence, 1806

in-8. Baluze (Etienne). Vitae paparum Avenionensium. Paris, 1693, 2 vol

in-4. Bandini (A. M.). Catalogus codicum latinorum bibliothecae Lauren

lianae. Florence, 1791-3, 3 vol. in-4. Bar (J.-Ch.). Recueil des costumes des ordres religieux et militaires

Paris, 1778-98, 6 vol. in-fol. Barbaro (.Jos.). Viaggio, dans Ramusio (G.-B.), Navigazioni e viaggi

Venise, 1554-1606, 3 vol. in-fol. Bazano (J. de). Chronicon Mutinense, dans Muratori, XV. Becquet. Elogia Celestinorum. Paris, 1719, in-4. Belgrano (L. T.). Seconda série di documenti riguardanti la colonia

di Fera, dans les Atti délia società ligure di sloria patria, XIII. — Delln. vita privata dei Genovcsi. 2» ediz., Genova, 1875. Beurier (P. Louis). Histoire des Céleslins de Paris. Paris, 1634, in-4. Bibliotheca Stoschiana. Lucques, 1758, pet. in-4. BizARRUs (P.). Senatus populique Genuensis Annales. Anvers, 1579,

in-4.

1. Ne sont pas indiqués les livres universellement connus ni, sauf exception, les articles de revue.

— xij —

BcEiiMEH (J.-Fr.)- Jfie Regeslen des Kaiserreichs unler Kaiser Karl IV (1347-78), herausgcgeben und ergànzt von Alfons Huber. Inns- bruck, 1874-7, gr. in-4.

BoETTiGEH. Gcschichle des Kurstaates und Kônigreichs Sachsen (Collec- tion Heeren et Ukert. Hambourg, 1830-1, 2 vol. in-8).

BoiSLisi.E (A. de). Projet de croisade du premier duc de Bourbon {Annuaire-bulletin de la Société de l'histoire de France. IX).

BoLDENSLÈVE (Guillaume de). Hodoeporicum Terrae Sanctae ou Liber deparlibus quibusdam ultramarinis et praecipue de Terra Sancta, dans Canisius, Thésaurus... sive Lecliones antiquae, IV.

BoNGARS (Jac). Gesta Dei per Francos. llanau, 1611, 2 vol. in-fol.

Bosio (Giac). Dell' isloria délia sacra religione diS. Giovanni Geroso- limitano. Rome, 1594-1602, 3 vol. in-fol.

BosTius (Arn.). Depatronalu Beatae Virginis, dans le Spéculum Gai'- melitanum. Anvers, 1680, 2 vol.

Brants (V.). Philippe de Mézières cl son projet de banque popu- laire, dans la Revue catholique de Louvain, I (1881), et tirage à part.

Breidenbacii (Bernard de). Reise. V. Lannoy (Guillebert de).

Brèves (de). Relation des voyages... faits en Jérusalem... Paris, 1628 et 1630, in-4.

Brown (Edouard). V. Gratius (Orthuinus).

Bruce (James). Travels to discover the source of the Nile. Edimbourg,

5 vol. gros in-4.

Brygg (Thomas). V. Swynrurne.

BuciiON (J.-A.). Recherches et matériaux pour servir à une histoire de la domination française en Grèce. Paris, 1811-40, 2 vol. gr. in-8.

— Nouvelles recherches historiques sur la principauté française de Morée. Paris, 1843, 2 vol. gr. in-8.

BuLvîîUS (Caes.-Eg.) Jlisloria universitatis Parisiensis. Paris, 1665-73,

6 vol. in-fol.

BuLLARiUM CAK.MELiTAMiM a fr. E. Monsignano. Rome, 1715, 4 v. in-fol. BusTRON (Florio). Chronique de Chypre, éd. René de Mas-Latrie

(Collection de doc. inéd. sur l'hist. de France, 1886). Bzovius(Fr. Abr.). Annales ecclesiaslici post Baronium. Cologne, 1621-

30, 8 vol. in-fol. Campo (Lucchino de). V. Este (Nicolas II d'). Canale (M. G.). Storiadei Genovesi. Gènes, 1844, 5 vol. in-12.

— Délia spedizione in Oriente di Amadeo VI di Savoia. Gênes, 1887, in-8.

Canestrim (Gius.). Documenti spetlanti aile compagnie di ventura ed

ai condottieri stranieri, dans V Archivio storico italiano, l'"^ série,

t. XV (1851). Cantu (Cesare). Storia universale. 7'"'= édition, de Turin (1848-54). Capitanovici (G. J.). Die Eroberung von Ale.rnndria. Berlin, 1894,

petit in-8. Capitoii del comune di Firenze. Invcnlario e reqeslo. Florence, 1866-

93, 2 vol. in-4. Cap.many (D. Ant. de). Memorias hisloricas sobre... Barcelona. Madrid,

1786-94, 4 vol. in-4. Caracciulus (Tristanus). Joannae I Vita, dans Muratori, XXII. Caresim (Raphaini). Chronicon, dans Muratori, XII.

— xnj —

Carmessonius (.J.)- Vito, S. Pétri Thomae, patriarchae Constantino- politani, legati apostolici, ex oi'dine B. Mariae Virginis (éd. Da- niel de Sainte-Marie). Anvers, Marcel Parijs, 1666, in-12 et dans le Spéculum Carmelilanum (v. sous le nom BosTius).

Cahretto (Gai. de). Chronicon Montisferrati, dans les Monumenla Ilistoriae patriae de Savoie, Scriptores, III.

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2 vol. in-8.

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— Compte de Raoul de Louppy. gouverneur du Dauphiné de 1361 à 1369. Romans, 1886, gr. in-8.

Chiesa (Gioffredo délia). Cronica di Saluzzo, dans les Mon. hist. patr.

de Savoie, Scriptores, III. Ciioisv (de). Histoire de Charles VI, roi de France. Paris, 1695, in-4. Christophe (.1. B.). Histoire de la papauté au xiv^ siècle. Paris, 1853,

3 vol. in-8.

Cronica di Bologna, dans Muratori, XVIII. Cronica di Ferrara, Muratori, ihid. Chronica d'Orvieto, dans Muratori, XV.

Cronica di Pisa, dans les fierum Italicarum Scriptores. Florence, 1748, I.

— dans Muratori, XV.

Chronicon Angliae auctore monaco quodam Snurti Albani, éd. Thomp- son (Collection du Maître des H(Mes. Londres, 1874, in-8).

Chronicon Estense, dans Muratori, XV.

Chronicon Livoniae, dans les Scriptores reruui prussicarum. Leipzig, 1861-74, t. II.

Chronicon Placentinum, ibid.,XVL

Chronicon Regicnse. ihid., XVIII.

Chronique de Bertrand du Guesclin, dans le Panthéon littéraire de Buclion.

Chroii iqiie hourguignoniie, dans Froissart, éd. Korvyn de Lettenhove, XV.

Chronique Martiniciine. Vers 1503, gr. in-fol. goth.

Chronique de Mayence et Chronicon Moguntinum, dans les Chroniken der deutschen Stadie i)n Millelaltrr. .Mayence, II.

Chronique normande du .mv siècle, publiée par A. et E. Molinier (Société de l'histoire de France. Paris, 1882, in-8).

— AlV —

Chronique des Pays-Bas, de France, etc., dans le Corpus chronicorum

Flandriae, Bruxelles, 1837-45, III. Chronique des quatre premiers Valois, éd. S. Luce (Société de l'histoire

de France. Paris, 1862, in-8). Chronique du Religieux de Saint-Denis, éd. Bellaguet (Coll. de doc.

inédits sur l'histoire de France, 1839-52, 6 vol. in-4). Chronique de Savoye, dans \es Monnmenta historiae patriae de Savoie,

Scriptores, I. Turin, 1840, in-fol. Chronique de Strasbourg, dans les Chroniken der deutschen Sludte im

Mittelaller: Die Chroniken der obcrrheinischen Slddle, Strassburg,

II. Leipzig, 1871, in-8. Chronographia regum Francorum, éd. II. Moranvillé (Société de l'his- toire de France. Paris, 1891-1893, 3 vol. in-8). CiBRARio (Luigi). Délia Economia politica delmedio evo. Turin, 1842,

3 vol. in-12.

— Origine e progressi délia casa di Savoia, I. Turin, 1855 ; II (Specchio cronologicd). Turin. 1855, in-8.

— Storia délia monarchia di Savoia. Turin, 1840, 3 vol. in-8. CicoGNA (Emm.-Ant.). Brève nolizia intoi'no alla origine délia confra-

ternità di San Giovanni Evangelista in Venezia. Venise, 1855,'

in-12. CoMNENA (Anna). Alexias, éd. de Bonn, 1839-78, par L. Schopen, 2 vol.

in-8. Continuatio chronicorum Guillelmi de Nangiaco, éd. Géraud (Société

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1816, in-8. CoRio (Bern.). Storia di Milano. Milan, 1503. in-fol. CoRNARO (Flam.). Notizie storiche délie chiese di Venezia. V. aussi

Cornélius (Flam.). CoR.NELius (Flam.). Creta sacra. Venise, 1755, in-4. Crespetius (Petrus). Summa catholicae fîdei... Lyon, 1598, in-fol. Cromerus (Martinus). De origine et rébus gestis Polonorum, plus. éd. CuYELiER. Chronique de Bertrand du Guesclin, éd. É. Charrière (Collec- tion de doc. inédits sur l'histoire de France, Paris, 1839, 2 vol. in-4). Cyprien (Archimandrite). XpovoÀoyiy.r] la-opîa xtj; v^dou Kij::po'j. Venise,

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3 vol. in-8. Daniel de Sainte-Marie. Dissertatio apologetica pro revelatione ac

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Paris, 1643, in-fol. DuciiESNE (Fr.). Histoire des cardinaux français. Paris, 1660-6, 2 vol.

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Saragosse, 1610-21, 7 vol. in-fol. ZuRLAUBEN (baron de). Abrégé de la vie d'Engucrrand VII du nom, sire de Couci, avec un détail de son expédition en Alsace et en Suisse, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, 1'"= série, t. XXV.

ERRATA' ET ADDENDA

Page 10, n. 9, 1. 4 d'en haut. Rapportez la citation des Annales d'Ou- tremer à l'édition des Familles d'Outremer, donnée par É. Rey dans la Collection des documents inédits. De même ailleurs.

Page 15, n. 6. Le nombre de 12 pourrait être cependant une allusion biblique, vestra paternitas s'expliquer par la position ecclésiastique de Gérard et mei domini par la haute situation des frères utérins de Mézières. La carrière des frères Dainville n'exclut pas leur nais- sance après l'année 1328.

Page 20, 1. 12 d'en haut. Lisez 1319 au lieu de 1320 (pour les raisons, V. p. 397, n. 3).

Page 29, n. 1, 1. 2 d'en haut : six au lieu de quatre.

Page 30, n. 3. Il n'est pas question de Virgile dans le texte même de Roquetaillade, donné dans l'édition de Brown.

Page 35, n. 5, 1. 3 d'en haut : lisez I, 546, au lieu de 1546.

Page 36, 1. 8 d'en bas : lisez Charles de France au lieu de Charles de Valois.

Page 36, n. 1. Ajoutez : H. Omont, Projet de réunion des Églises grecque et latine sous Charles le Bel en 1327 dans la Bibl. de VEc. des Ch. (1892), pp. 251-7.

Page 36, n. 5. Ajoutez : Bourel de la Roncière, Une escadre franco-pa- pale (1318-20), dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'école française de Rome, XIII« année, déc. 1893, pp. 397-418.

Page 38, n. 3. Sur les combats livrés par Cépoy ou Chepoix en Orient, V. l'article de Kunstmann sur Marine Sanudo (v. Bibliographie) et C. de la Roncière et Léon Dorez, dans la Bibl. de l'Éc. des Ch. (1895), pp. 21 et suiv. Le livre de Guglielmotti sur la marine pontificale em- ploie sans aucune critique des matériaux abondants, souvent mal à propos, mais il met en œuvre des chroniques et pièces d'archives iné- dites et, pour la première fois, les chroniques allemandes des anciens recueils. Voir le vol l'''', pp. 16 et suiv.

Page 41 et suiv. V. Guglielmotti, l. c. Je n'ai pas employé, tout en la connaissant, la chronique du xiy siècle qui précède dans quelques

1. Quelques erreurs d'impression dans les noms géographiques et historiques peuvent être corrigées par les tables. On n'a pas signalé les fautes d'impression faciles à reconnaître et quelques erreurs insi- gnifiantes de pagination dans les citations. — Enfin on a ajouté quelques articles, livres ou documents parvenus à la connaissance de l'auteur durant l'impression du volume.

— XXVIJ —

mss. la Vie do Cola de Rienzo et que Muratorl a publiée dans les An- tiquilales medii acvi (t. III de l'éd. in-fol., 353-75). Elle est complè- tement opposée aux autres sources sur la croisade du Dauphin et écrite dans un style qui étonne pour cette époque. La question méri- terait une étude spéciale.

Page 42, n. 3. Au lieu de « celui des Génois » lisez : « en fait un noble Génois ».

Page 43, 1. 26 : « Asie » au lieu de « Syrie ».

Page 52, n. 3. La lettre latine sur la bataille de Smyrne a été publiée depuis dans la Revue de l'Orient lalin, 111, pp. 27-31.

Page 54, n. 1. Lisez « p. 193-5 » au lieu de « 93-5 »; n. 3 ; supprimez « inédits » (les comptes de Piloti se trouvent dans Valbonnais).

Page 59, n. 1. Lisez « p. 22 » au lieu de « 42 ».

Page G2, 1. 15 d'en haut, « qui s'élevaient » au lieu de « qui s'élevait »; 1. 18 « jiar les » au lieu de « les ».

Page 67, n. l. A été employé aussi le récit que donne Sismondi dans son Ilist. des répiihliciues italiennes, 5* édition, 111, 219-22.

Page 78, 1. 10 d'en haut. Sur Niccolino Fieschi, grand négociateur dans .son temps, v. Serra, III, 297 et IV, loi, 155 (paix d'Angleterre, 1336-44).

Page 80. Un autre allié du roi Hugues se trouvait à Londres en 1350, quand il combattit contre Thomas de la Marche, bâtard de France (v. Revue historique de 1805, LLX, p. 3G).

Page 88, n. 3, 1. 9 d'en haut, « silence, il » pour « silence; il ».

Page 91, 1. 4 d'en haut, « Denis » au lieu d' « Antoine ». V. p. 90. n. 4.

Page 102 n. 2 (sous la page 103, 1. 5 d'en haut), « xà '^i'/.ta » au lieu de

« Ta [y.'.QL ».

Page lOG. Intervertir les notes 4 et 5.

Page 108, n. 4 (sous la p. 109, 1. 3 d'en haut), « prédécesseur » au lieu de « successeur ».

Page 110, n. 2, 1. 4 d'en haut, « Héthoumiens » au lieu de « Léthou- niens ».

Page 1 12, 1. 9 d'en haut, au lieu de « six milles » lisez « un mille en- viron ».

Page 112, n. 8. Au lieu de « l'autre château se trouvait à un « trar d'arco » (ou de baliste...) de la mer », lisez « le castel rotto (de recueil?) se trouvait à un trait de baliste du port ».

Page 120, 1. 10 d'en haut : Malgré l'affirmation implicite de Macliéras, il parait bien que Jean de Sur ne fut jamais amii'al de Chypre.

Page 128, n. 4. Jacques de Saint-Michel, le futur chancelier de Chypre, as.sistait d'après Carmesson à l'exhumation de Pierre Thomas. Un privilège du roi F'ierre II, accordé le 13 mai 1374 à Clément de Pre- mentorio, est rédigé à Famagouste, « per manuni Jacobi de Sancto Michèle, vice-cancellarii dicti nostri regni Cipri ». Archives d'Htat de Gènes, Fofjlin::-o di Antonio Foolietta (1386), f-^ 91 v". Cf. f" 90 v (29 mai).

Page l.'îl. Pierre Thomas écrivit « De Virginis Mariae conceptione ejus- que excellentia » (Fabricius, Bihl. lai. m. aevi, V (Padoue, 1754), p. 282; Acta Sanctorum de janvier, II, § 33, introduction).

Page 131, n. 2. Un livre récemment paru de l'abbé i'arraud. Vie de S. Pierre Thomas, est une paraphrase de la Vie écrite par Mézières.

Page 134. Le renvoi 6 doit être rapporté à la ligne suivante.

— XXVllj —

Pape 136, n. 6. Nicolas Sigerosfut un des correspondants de Pétrarque. Famil., IX, 2.

Page 136-7. Le passage qui comnacr.ce par c Le légat » a été mis par erreur de composition à cette place. Il faut le remettre à la p. 137, avant la ligne 6 d'en bas.

Page 142, n. 4. Depuis, M. de Mas Latrie a])ublié dans la Bihl. de fÈc. des Ch. de 1894, p. 791, l'épitaplie de la femme de Renier de Giblet (t 1351). — La bibliothèque municipale de Plaisance possède (cod. Campagna, 14) un ms. intitulé : Noie illustralive di varie iscrizioni morluarie, con lalbero gencalogico, délia regia casa Lusignana e 17 tavûle con disegni. L'auteur est, ainsi qu'on le voit dans le récit, le consul de Sardaigne en Chypre, de Cesnola. Le ms. contient aussi, comme le livre du major Tankerville, la reproduction graphique des pierres tombales. Il semble n'avoir été vu jusqu'à présent que par Paulin Paris (si je lis bien une signature au crayon).

Page 144, n. 1. Parmi les exécuteurs du testament de Gui do Reggio se trouve le « Georgius de Syativo » mentionné à la page 400 (« do- minum Georgium Scutinam {sic) »). 11 dépose ses biens chez Fantin Cornaro.

Page 145, n. 4, 1. 3 d'en haut, « 1374 » au lieu de « 1334 ».

Page 147, 1. 4 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1361 ». Le récit de la chute dans l'eau a été remis à sa place ailleurs et doit être supprimé ici.

Page 147, I. 8 d'en bas. « Rodolphe » au lieu d' « Albert ».

Page 149, 1. 5 d'en bas, 1362 est la date more venelo.

Page 153, n. 4. Ernest de Prague est un des correspondants de Pé- trarque. V. Famil., XII, 1.

Pages 154 et suiv. Ajoutez à la bibliographie sur Urbain V : Magnan, Histoire d Urbain V (Paris, 1863), d'après les Archives du Vatican.

Page 154-5. Sur le passage d'Urbain V à Gênes, v. une anecdote rap- portée (d'après son père) par Stella, l. c, c. 1101 C — 1102 B.

Page 155. Rapporter la n. 4 une ligne plus haut.

Page 156, n. 1, « 178 » au lieu de « 1178 ».

Page 158, n. 2, « 1363 » au lieu de « 1362 ». — Pierre Giustiniani Re- canelli ou Racanelli était le gendre de Gabriel Adorno (Stella. 1099 c) et avait été nommé précédemment gouverneur de la Nouvelle-Phocée (Serra, II, 374, et Hopf, Chron. gréco-romanes, I, 502).

Page 159, 1. 1 d'en haut. 1362 est la date d'après l'ancien style, celle que donnent les chroniques.

Page 160, I. 3 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1363 ».

Page 164. D'après des renseignements donnés par la Direction des Ar- chives, c'est bien de l'année 11 d'Urbain V que sont datées l'une et l'autre bulle du l'-''' avril; l'erreur de calcul de Datta se retrouve dans toutes les dates fournies par VInventaire des bulles et brefs.

Page 165, n. 4. C'est Jean d'Artois (ju'il faut lire : il reçut le comté d'Eu en 1352; n. 6. La date de la mort de Tancarville (1362), d'après les généalogistes, exclurait l'idée que Jean II de Melun pût être le croisé de 1363.

Page 170, n. 4; 171, I. 8 d'en haut et n. 3, 1. 1 d'en haut, remplacer « !«'' juin » par « 24 mai ».

Page 175, n. 3, 1. 2 d'en haut, « 1363 » au lieu de « 1364 ».

Page 178, n. 2, « 29 novembre» au lieu de « 27 novembre ».

— XXIX

Page 180, n. 3. Un sauf-conduit fut accordé à Waldemar IV et sa suite de 300 chevaliers avec leurs gens, le l^"" février 1364 (Rymer, 11^ 85).

Page 188, 1. 11 et suiv. Par une interversion de phrase, on a fait de la duchesse d'Orléans, et non de Marie, future duchesse de Bar, la belle-sœur de la reine Jeanne.

Page 201, ajoutez un renvoi 1 à la ligne l d'en haut.

Page 202, n. 3. L'évêque Tinensis est, non celui de Témesvar, mais l'évéque de Tinen ou Tnena, qui était précisément à cette époque Jean.

Page 203 et n. 1. L'évêque Malfiensis ou Melfiensis est celui de Melfi,

Page 204, 1. 2 d'en bas, « 10 juillet » au lieu de « 8 juin ».

Page 205, 1. 2 d'en haut, « 15 février » au lieu de « 5 »; 1. 7 d'en bas, « 1374 » au lieu de « 1364 ».

Page 209, 1. 5 d'en haut et n. 2, « Léopold » au lieu d' « Albert d'Au- triche » ; 1. 6 d'en bas. Liinig donne (p. 1597) une fausse date (1362): l'acte est daté de la neuvième année d'Innocent VI (donc 1361). Du reste, Aldobrandin mourut en septembre 1361.

Page 210, 1. 12 d'en haut, « 1362 » au lieu de « 1361 ».

Page 211. Pour la bataille do Solaro, v. aussi J. de Bazano, dans Mura- tori, XV, 634 C-E.

Page 213, n. 1, « janvier » au lieu de « février » ; n. 2. Les Spinelli et Spinola sont deux familles différentes. Remplacer aussi le f° 95 v par 45 v. François Spinola combattit contre les pirates catalans en 1361.

Page 214, n. 3. La chron. mss. de Bologne par Floriano di Pier Villola (Bibl. de l'Université à Bologne, n° 1456) nomme l'évêque de Nevers « el veschovo de Universa (Niversa) ». Le cardinal dont il est ques- tion est Gilles Aycelin de Montaigu dont le frère occupa le siège de Nevers de 1361 à 1371. Le comte de Mileto, sénéchal de Provence et Forcalquier pour la reine Jeanne, est cité dans les registres du Va- tican, dont la partie relative à Jeanne l" vient d'être publiée par M. Carasoli dans ÏArchivio slorico délie provincie napolelane de 1895 (v. pour le mariage de la reine, pp. 73-4, 74-5, 78-9). Voir pp. 90-1.

Page 218, 1. 4 d'en haut. Au lieu de « comme dans ces fonctions » lisez « comme podestat » (Gualfredini arriva en novembre, après des né- gociations : il dut donc être nommé vers le commencement d'octobre); 1. 5 d'en bas, « duc » est un lapsus pour « seigneur » (les Visconti ne devinrent ducs qu'en 1395).

Les deux ambassadeurs (« Nos frater Petrus, Dei gratia archiepis- copus Cretensis et Philippus de Maçeriis, miles ac serenissimi prin- cipis, domini régis et regni Cipri cancellarius, ipsius domini régis ambaxiatores ad pacem tractandam inter Sanctam romanam Eccle- siam cum dominis coUegatis suis, ex parte una, et magnificum virum dominum Bernabonem de Vicecomitibus de Mediolano, ex alla, des- tinati ») concluent à Césène, dans la maison d'Albornoz, le 27 août 1363, un projet de traité, qu'ils se réservent de soumettre àBernabô, et une trêve. Le cardinal-légat promet de parler au pape sur les dé- dommagements demandés par Visconti et sur l'absolution ; sur le fait des châteaux et sur la nomination d'un nouveau légat, « recipiunt super se ambaxiatores quod concordabunt cum domino Bernabone ». Les deux parties devront envoyer des représentants à la Curie «infra octavam diem Octobris ». Les châteaux ne pourront pas être fortifiés

— 2XX —

pendant la trêve (cf. sur ce point, qui s'étendait même à l'approvision- nement, Cronica di Bologna, Muratori, XVIIl, c. 470). C'est cette trêve qui fut proclamée par les ambassadeurs à leur passage par Bologne (v. p. 217 de cet ouvrage). 11 est intéressant de remarquer ce passage, dans l'exposé des motifs : « et impedimento maximo quod exinde provenitpassagio ultramarino quod iirmiter crédit a Ueo ins- piratum cordibus multorum regum, principum et magnatum et nobilium tidelium christianorum » (c'est Albornoz qui parle).

Bernabo était représenté par Gualdrisio de Lovesellis. On trouve, parmi les assistants, Lupus, archevêque de Saragosse, le doyen de Négrepont, chapelain apostolique, deux autres chapelains et deux bourgeois.

Cette pièce intéressante est conservée en copie à YÂrchivio estese de Modène, Pcrgarnene di stalo, paci e Iregue. Page 219. Je viens de retrouver la procuration donnée par Androuin aux deux amba.ssadeurs, pour le représenter dans le gouvernement de Bologne. Elle se trouve, en original, aux Archives d'Etat de Bo- logne, dans la catégorie des Bolle et brevi, 6/33. La voici :

Andruynus, miseratione divinatituli sancti Marcelli pre.sbyter car- dinalis, apo.stolice sedis legatus, reverendo in Christo patri domino Petro. archiepiscopo Cretensi, et dilecto nobis in Christo nobili vire domino Philippe de Maseriis, oancellario regni Cypri, salutem in Do- mino. Cum nuper sanctissimus in Christo pater et dominus Urbanus, divina providentia papa quintus, ad partes Lombardie, civitatem Bo- noniensem et nonnullas alias terras in iicteris apostolicis super hu- jusmodi legatione nostra expressatas nos destinans. regimen et gu- bernationem civitatis Bononien.sis, Castrifranchi castrorumque Lugl et Crepacorii ac quorumcumque aliorum castrorum, fortalitiorum, ro- charum et bastitarum que per raagnificum virum, dominum Bernabo- nem de Vicecomitibus de Mediolano seu e jus nomine tenentur in dis- trictibus Bononie et Mutine ac provincie IJomandiole nobis totaliter duxerit committendum, sicut in apostolicis litteris super hoc confectis plenius continetur, et certis ex causis ad partes predictas personaliter accedere ita cito prout cupimus nequeamus, nos, de vestra et cujus- libet vestrum circumspecta providentia et sincera fidelitate plenam in Domino fiduciam obtinentes, vobis et vestrum cuilibct in solidum regendi et gubernandi nostro nomine civitatem, castra, fortalitia, rochas et bastidas predictas acloca alla quecunque, quorum regimen et gubernatio, virtute legationis nostre, ad nos pertinet, et faciendi alias que circa hec oportuna fuerint, tenore presentium concedimus plenariam potestatem, quoad hoc vobis committendo vices nostras, donec aliud super hoc duxerimus ordinandum. Datum Avinione, VIII idus Decembris, pontificatus dicti domini nostri, doraini Urbani, anno secundo.

Au même fonds de Modène, on trouve l'acte séparé de la trêve (même date). Elle s'étendra, sous peine de 200 mille florins d'or pour les contrevenants, du l*^"" septembre jusqu'à 1' « octavam post festum Omnium Sanctorum ». (Cf. J. de Ba^ano, Chronique de Modène, dans Muratori. XV, c. 634.) L'introduction est intéressante : « per quam (guerram), prêter alla multa mala et discrimina exinde provenien- tia, idem d. rex (Cipri) cernebat impediri sanctum ultramarinum passagium, in ejus corde, ut creditur, divinitus inspiratum. pro quo

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idem dominus rex ad cismarinas partes, et usque ad Romanam cu- riam, valut zelo fidei et devotionis accensus, se presentialiter contu- lerat, ab eodem domino rege specialiter destinât!, tractatum pacis hujusmodi ferventibus animis assumentes et longo satis tempore pro- sequentes, demum tractatum ipsum ad certa capitula reduxerunt. » Est intercalée la procuration donnée par Bernabo à Guaidrisio et Caymbasilica, le 14 juillet, ce qui donne la date approximative du ' départ des quatre ambassadeurs vers Césène. Page 221. Le 6 janvier, Gomez Albornoz aurait demandé à être nommé citoyen de Bologne, déclarant qu'il voulait y élever une chapelle sur la grande place. Il désirerait être enseveli dans cette ville (Chro- nique de Bologne par Ramponi, Bibl. de l'Université à Bologne, n» 113, II, sans numérotation); 1. 6 d'en bas. La chronique de Bologne par Cattanio de' Cattani fait de ce Carretto un Templier, ce qui est évidemment impossible (« di fradi del Tempio »). Page 222, n. 1, 1. 6 d'en bas, « 2 juin » au lieu de « 3 ». Page 224, 1. 1 d'en haut, « remit » au lieu de « réunit ». Page 226, n. 13. La date de 7 février pour l'arrivée d'Androuin est aussi donnée par la chronique ms. de Bologne de Cattanio de' Cattani, déjà citée plus haut. Page 227. On n'a pas distingué jusqu'à présent (v. Verci, Storia délia marca trevisana,XlW, p. 18, n.l) entre !'« in.strumentum pacis» publié par Theiner d'après l'original qui est aux Archives du Vatican, et celui que donne Verci, d'après le RegUlrum grossum de Bologne, /. c, n" 1609, pp. 15 et suiv. Ce dernier, qui m'avait d'abord échappé, n'est à proprement parler que les préliminaires de la paix, préliminaires à la conclusion desquels interviennent aussi les membres de la ligue, par leur plénipotentiaire, Barthélémy de Plaisance {de Placenlinis). Bernabô est représenté par Sagramors (/e Pomer^'ù', Gualdisio, Fran- çois Caymbasilica et Bruno ou Brunoro de Giussano (Gluxiano). On n'y trouve que des généralités relatives à la paix et l'amnistie. L'acte a été rédigé à Bologne le 3 mars 1364, dans la maison du légat en Italie, en présence de Petrocino, archevêque de Ravenne (v. p. 222, n. 1), de Pierre Thomas et de Philippe de Mézières. Ce dernier accom- pagna donc l'archevêque à Bologne, et leur lettre au roi de Hongrie (2 mars. V. p. 239) paraît avoir été écrite avant la date qu'elle porte (v. cependant des doutes sur l'authenticité de cette date dans la note 6, même page). Page 228, n. 4, 1. 5 d'en bas, au lieu de » 17 décembre 1366 » lisez

« 15 novembre 1367 ». Page 244, 1. 6 d'en bas, « 1364 » au lieu de « 1363 ». Page 245, 1. 7 d'en haut, « 1389 » au lieu de « 1387 ». Page 253, 1. 12 d'en bas, « évêché » au lieu d' « archevêché ». Page 258, n. 7, « Varcse » au lieu de « Garessio? ». Page 263, n. 5. Guy, archevêque de Gênes, fut un des correspondants

de Pétrarque. Page 267. Voici quelques nouveaux détails sur le voyage de Charles IV, d'après un fragment des Comptes de Savoie, échoué à la bibliothèque d'Esté, de Modène, après avoir fait partie de la collection de Cam- pori (Campori, A pp. 1245).

Samedi, 10 mai, arrive à Chambéry la comtesse de Savoie pour préparer la réception. Le lendemain, dimanche, l'empereur fait .son

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entrée, avec une suite brillante : cinq ducs, cinq comtes, un arche- vêque, trois évoques, environ deux mille chevaliers. Il partie 13, se dirigeant vers Avignon.

Au retour, Charles IV s'arrête au Bourget, le 17 juin, dans la soi- rée (« sero ») : il est reçu par la comtesse Bonne, les bâtards de Sa- voie, Humbert et Ogier, Pierre Gervais, le trésorier, et d'autres. Le comte l'accompagne à son départ, le 18, après dîner, après lui avoir prêté hommage et en avoir reçu un diplôme. Le César allemand prit le chemin de Vaud, Genève et Fribourg.

Page 268, n. 2. Ajoutez à la bibliographie des Grandes Compagnies l'ouvrage, déjà ancien, de Ricotti (Sloria délie comparjnie di venlura) et la publication plus récente de Marcotti et Temple-Leader sur llawk- wood (Florence, 1889).

Page 271, n. 10, 1. 1 d'en bas, « 18 » au lieu de « 19 ».

Page 272, 1. 4 d'en bas, « 26 mai » au lieu de « 26 ».

Page 286, n. 5. La date du 21 de Miiharram, donnée par Maqrizi, pour- rait s'expliquer par le fait que des vaisseaux de la flotte chrétienne dispersée par la tempête parurent devant Alexandrie dès le mercredi précédent (v. p. 302, n. 4).

Page 297, n. 3. Il est intéressant de remarquer que le témoignage de la chronique anglaise est corroboré par celui d'une chronique inédite de Bologne. « Et per questa chasone incharè la speçiaria et altre merchantie. » On y retrouve l'affirmation qu'Alexandrie ne pouvait pas être conservée. Pierre I'"' aurait eu environ 3,000 hommes. — V. aussi : « disevasi che' 1 papa et lo imperadore gli haveano profcrto assai, benchè lui era non troppo savio » (Chron. de Ramponi à la Bibl. de l'Université de Bologne, n" 113, II, sans pagination).

Page 302, n. 1, « p. 301 » au lieu de « 302 ».

Page 303, n. 8. Il ne peut pas être question de Turenne qui mourut, d'après V Art de vérifier les dates, le 22 mars 1395.

Page 309, 1. 1 d'en haut. Pierre Baseio était, le 4 août 1363, capitaine de Trévise (Verci, XIV, p. 1 1 des documents).

Page 313. Rapporter le renvoi 5 après le mot patriarche, ligne 14 d'en haut.

Page 323, n. 5. Il y eut un consul entre les deux : André Venier, pen- dant la prise d'Alexandrie.

Page 332, I. 10-11 d'en bas: d'après Corio (v. Datta, l. c.) c'est de la pelile-fi\\Q de Galéas, la future duchesse d'Orléans, qu'il est question : celle-ci dut naître, en effet, à cette époque.

L'historien de Gênes, Canale, a publié aussi, en 1887, un opuscule sur l'expédition en Orient d'Amédée VI. Un juge très compétent assure, avec parallèles à l'appui, que c'est une reproduction, parfois littérale, du livre de Datta (Ûelgrano, dans le Giornale liguslico di archoologia, storia e litlernlura, XIV, 1887, 136-8.)

Page 333. Malgré l'affirmation de Lévrier (1, 235), il paraît bien qu'il faut rayer le comte de Genève de la liste des croisés : les Chr. de Savoie parlent d'Amédée d'Anthon et du frère de ce dernier, Pierre.

Page 340, I. 12 d'en haut, « 22 octobre 1366 » au lieu de « 22 octobre ».

Pages 353 et suiv. (chap. \i). La Chr. de Bologne parle en 1367 (Mu- ratori, XVIII, 481 C) d'une paix conclue entre le roi Pierre et « il gran Cane », qui aurait été assassiné pour cette raison par ses sujets.

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Page 354, 1. 9 d'en bas. C'est Siméon Thénouri qu'il faut lire partout ailleurs, et non Sinnon de Norès.

Page 357, n. 6 d'en bas, « Jacques de Norès » au lieu de « Jean de Norès ».

Page 361. 1. 10 d'en bas : « 11 » au lieu de « 4 ».

Page 363, 1. 7 d'en bas. La famille dell' Orto est, en effet, génoise. La Masseria di Caffa, aux Archives d'État de Gênes, en cite souvent des membres, au xv" siècle.

Page 369, 1. 13 d'en haut, « Constant » au lieu de « Léon ».

Pages 371 et 374. Ne faudrait-il pas faire une seule des deux ambas- sades à Rome do Nicolas Faliero et de François Bembo? Mais Caroldo, qui mentionne la première, ne parle pas du roi de Chypre : il dit de plus qu'avant d'envoyer les ambassadeurs à la Curie, on s'était en- tendu avec Pierre I»"" séparément (p. 370, n. 6).

Page 378, n. 1, « Tartarotti » au lieu de k Muratori »; n. 3. Nous venons de revoir la citation sur l'original de Bandini. Elle se trouve dans la préface aux Vilae nonnullorum fratrum domus S. Mariae Novellae, par Fr. Jo. Carolus (ms. du xv siècle; l'auteur vivait en 1479). On nous permettra de reproduire ce passage à cause de son importance :

« Memini vero me in hoc ipso templo lanceam Cyprorum régis auro argentoque ac signis nostrae civitatis ornatissime pictam vidisse coronulamque argenteam in illa appensam, qua, in campo ludens, ejus filius fuerat a civitate donatus et item superhumerale adhuc in manibus est, quod ille, voto potitus, in memoriam gestae rei, nos- tris donavit, totum Cyprio auro rigens et veteri arachnes arte con- textum suisque ac filii imaginibus et gemmis plurimis exornatum. Appensibiiia ([uoque vexillula, que drapellones vocant, ejusdem régis signa fercntia, apud nos in hanc ipsam diem servata cernuntur, que omnia ad maximam nostrae familiae gloriam credimus attinere. »

La chroni(iue inédite de Cattanio de' Cattani donne la date de l'ar- rivée de Pierre à Bologne : « E adi .vm. de luyo, el rè de Cipri vene in Bologna. . . c avea cum lui un suo figluoiode .x. anni. » La visite fut suivie, le jour môme du départ du roi, de celle de « la fille du roi Charles, empereur» (la mar(iuise Anne de Brandebourg), qui fut lo- gée à San-Domcnico aussi (Bibl. de l'Univ. à Bologne, n° 429, f° 28; Chi'. de Bol., dans Muratori, c. 486 E).

Page 379. Une chronique inédite de Ferrare (Bibl. de l'Université, l, 67, sans pagination) parle des joutes qu'on offrit au roi dans cette ville.

Page 389, 1. 6 d'en haut. Ici et partout ailleurs on a adopté la leçon .Moustry et non Monstry. Cette dernière est donnée seulement par quelques pièces diplomatiques, dont la lecture peut avoir été erronée, tandis que la transcription grecque constante par ou appuie la pre- mière.

Page 390, n. 5, sous la p. 391, 1. 4 d'en bas. Supprimer si. Sur Alix, fille de Ferrand de Majorque et de Chive de Lusignan, devenue dame d'ibelin, voyez Mas Latrie, Documents génois, dans les Archives de varient latin, H^ 175-6.

Page 391. Voici des renseignements sur quelques-uns des preux du roi Pierre : Le 21 mai 1375, Pierre de Campofregoso nomme un procurateur

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en Chypre, pour les biens entièrement cédés à lui par Janot de Sois- sons (Sassani), fils du « quondam domini Johannis >> (mort à Rhodes) et de Janot de Norés, « filii quondam domini Jacobi» (le turcoplier). L'instrument de cession, rédigé par le notaire Hadin « de Rames » est fait en 1374. Janot de Soissons était à Gènes le 21 mai 1375 (Fo- gliazzo di Antonio Credenza (1375-418), f" 4).

11 paraît presque certain que Pierre Marocello trouva la mort dans les événements qui suivirent l'assassinat de son maître. Un Maro- cello de Chypre fut tué, en effet, dans la querelle vénéto-génoise de 1372 (Stella, /. c, c. 1104 D).

Page 395, 1. 7 d'en bas, Pierre de Raonis est Pierre de Boane, et non de Boïanoj'n. 1. Le Frignano de 1382 paraît être Urbain, successeur de Thomas au patriarcat de Grado. Thomas serait mort en mai 1381.

Page 397, n. 2 d'en bas, c'est Caroldo qui se trompe, et il faut lire (v. p. 398, n. 1) : « llliono », famille connue à Gênes.

Page 400, n. 1, 1. 5 d'en haut, « 1366 » au lieu de « 1367 » et dans la citation de Tosti qui suit, « vol. 111 » au lieu de « IV ».

Les papes qui succédèrent à Grégoire XI, dans les cours d'Avignon et de Rome, négligèrent presque tous la croisade. On accorda des dispenses si nombreuses pour le commerce avec l'Orient qu'elles constituèrent un revenu très important pour les finances pontifi- cales. A Rome surtout on ne se souciait nullement des préoccupa- tions d'un autre âge. Le 15 janvier 1386, Urbain VI accordait, motn proprio, à tous les habitants de Famagouste et même aux marchands étrangers qui s'arrêteraient dans son port le privilège de commerce pour cinq ans (Arch. de Gênes, Fogliazzo di Antonio Foyiietta (1386), fo«59 v°-60).

Je me bornerai à signaler le livre du P. Léon Alishan (L'Armeno veneto, compcndio slorico e documcnli délie relazioni degli Armeni con Venezia, Venise, 1893, 2 parties) que je ne connais que par les comptes rendus.

Je ne peux pas clore ce livre sans remercier premièrement mes commissaires responsables, MM. Bémontet Roy, ensuite M.Gaston Paris, auquel je dois de très importantes modifications dans le premier cha- pitre. La plupart des matériaux, imprimés et manuscrits, ont été ras- semblés à Paris, et j'y ai rencontré l'accueil le plus bienveillant auprès du personnel de ses bibliothèques et archives. Ainsi, M. Viard m'a signalé les registres des comj)tes sous Philippe de Valois, pour Jean de Mézières ; M. Legrand, la pièce qui contient l'arrêt relatif à la terre de Mézières en Picardie; MM. Funck Brentano et H. Moranvillé se sont chargés maintes fois, après mon départ de Paris, de chercher de nou- veaux renseignements dans les sources inédites; le regretté Siméon Luce, enfin, s'intéressant à mon travail, m'a donné des conseils et quelques indications bibliogra])hiques.

J'ai pu visiter ensuite, à différentes époques, un grand nombre des bibliothèques de l'Europe, qui ont accru le nombre des renseignements dc^à acquis sur Mézières et son époque. J'ai puisé ainsi — grâce quehiucfois à la libéralité du Ministère de l'instruction publique de Rou- manie — , aux Archives du Vatican et aux différentes bibliothèques de Rome, aux Archives et à la Bibliothèque de Saint-Marc, où j'ai trouvé l'alfable accueil de M. le comte Soranzo, à Milan et à Gênes, à Ferrare et à Bologne, à Turin, à Modène. En Allemagne, les bibliothèques de Berlin, Munich, Dresde, Leipzig, Hambourg ont été explorées, au milieu d'autres recherches, pour ce livre. J'ai pu travailler aussi au British Muséum et au Public Record Office de Londres, à la Bodléienne d'Ox- ford. Des renseignements par lettre m'ont été fournis par l'obligeance des savants qui se trouvent à la tète des bibliothèques de Bruxelles, Vienne et Florence, par des particuliers, comme MM. V. Lazzarini, L. Dorez, A. Molinier. M. Ulysse Robert m'a communiqué les bonnes fouilles de son édition de Dardel, qui m'a épargné bien des erreurs, dans les dernières pages, au moins. Je leur en exprime publiquement ma reconnaissance.

PREFACE

On considère généralement l'expédition de 1270 comme la dernière des croisades \ L'enthousiasme qui avait inspiré les premières est, dit-on, tout à fait épuisé à cette fin du treizième siècle, où quelque chose des temps modernes apparaît avec la politique de Philippe le Bel et l'avènement de la bourgeoisie aux affaires. La papauté, qui n'est plus ce qu'elle fut jadis, sous les Grégoire VII et les Innocent III, va perdre l'autorité qui lui reste encore, en quittant Rome pour la captivité d'Avi- gnon. Les deux expéditions de saint Louis môme ne sont que l'ombre des anciennes croisades. La foi des masses, cette grande foi qui, à la fin du onzième siècle, jeta des popu- lations entières vers l'Orient, n'y est plus pour rien : après les croisades européennes, auxquelles prit part toute la chré- tienté occidentale, les dissensions nationales disparaissant devant la nécessité de délivrer la Terre-Sainte, il se forma des croisades partielles, bornées à un seul pays, telles que celles de Frédéric II, d'André de Hongrie et quelques autres. Quelque chose de la première ardeur subsistait encore : si les chefs furent inspirés souvent par des causes étrangères à la foi, les sentiments des soldats étaient les mêmes que jadis. Puis, la piété d'un seul homme tenta de ressusciter des temps qui n'étaient plus ; les deux expéditions de saint Louis finirent

1. Cantù, Storia univet^sale, t. IV de l'édition de Turin (1851), p. 213 : « Qui (à Tunis) si chinde il gran dramma délie crociate. » L'opinion contraire a été développée avec force par M. Delaville le Roulx, dans la préface de la Fi'nnce en Orient au xiv" siècle.

N. JoHGA. P/iiiippe de Mézières. 1

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comme une avontiire. Le saint roi v mourut, et l'ère des croi- sades finit avec lui. Quoique assez généralement admise, cette opinion n'est pas tout à fait juste. A la vérité, après le drame d'Egypte et de Tunis, l'Occident, la chrétienté grande et puissante, ne prit plus en masse la croix et ne partit plus pour l'Orient. Le découragement en fut-il la seule cause? Sans doute, le résultat de tant d'efforts n'était pas de nature ù tenter de nouveaux combattants : pendant deux siècles, la Terre Sainte et la Syrie avaient reçu la fleur de la chevalerie occidentale, et il n'en était revenu que quelques fuyards. Jérusalem resta sous le joug des Infidèles : les musulmans demeurèrent dans la ville sainte, sans que jamais une restau- ration du royaume éphémère de Godefroi de Bouillon y fut possible. Acre fut bientôt prise, et les Hospitaliers, dernière milice des princes chrétiens, se réfugièrent à Rhodes. Le royaume d'Arménie, seul représentant en Asie de la foi catho- lique, après sa prospérité passagère sous les Roupénides, allait finir par des guerres intérieures, autant que par les armes du Soudan. On pourra dire, au quatorzième siècle, que pas un pouce de terre ne restait aux chrétiens pour débarquer on Orient. L'époque des croisades, ou ce qu'on est convenu d'appeler de ce nom, finit par la victoire incontestée des In- fidèles.

Le peu d'espoir que l'on avait de reconquérir la Terre Sainte explique, sans doute, l'indifférence qui accueillit doré- navant les tentatives de croisade. Une autre cause devait bientôt les rendre à jamais impossibles. Les guerres entre chrétiens commencèrent, ces grandes guerres de la fin du moyen âge dans lesquelles les nationalités modernes se re- connurent. Un autre but fut donné aux efforts, un autre champ aux chercheurs d'aventures, et la croisade, la grande préoccupation des époques précédentes, fut définitivement oubliée. Quelque petit roi oriental, quelque empereur famé- lique parvenait parfois à entraîner par compassion et par cupidité quelques chevaliers désireux de gagner argent et réputation dans ces contrées devenues presque fabuleuses ; ainsi il y eut des Français, des Allemands, des Italiens dans l'armée d'Alexandrie, toute l'Europe fournit sa part à l'équipée malheureuse de Nicopolis ; mais les masses restèrent indif-

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férentes à leur appol; on aimait mieux des profits moins dan- gereux et plus certains dans les guerres occidentales. Tel qui aurait combattu au douzième siècle contre les soldats de Sa- ladin se résigna facilement à entrer, au quatorzième, dans les grandes compagnies.

Si l'Occident s'habitua à voir les lieux saints sous le joug de ceux qui ne devinrent pour lui une menace directe que beaucoup plus tard, l'Orient ne pouvait pas souffrir tranquille- ment l'accroissement terrible d'un.ennemi qui était son voisin. Quand les derniers restes du royaume de Jérusalem dispa- rurent, quand l'Arménie, déchirée par des dissensions in- térieures et par des guerres religieuses, fut limitée à quelques ports, encore florissants, ce fut l'ile de Chypre qui dut conti- nuer la défense. Les chrétiens chassés de la Syrie et ceux du royaume voisin s'y réfugièrent. Hugues IV reçut la famille royale des Arméniens, la branche cadette des Lusignan, qui revenait : leurs sujets, les colonies franques qui s'y étaient reti- rées, les suivirent bientôt'. En 1361, meurt Constantin IV, vain- queur des Égyptiens, qui avaient laissé l'Arménie tranquille pendant presque tout son règne de dix-huit ans ; son successeur, reconnu par une partie du peuple seulement, dépourvu d'énergie et tout à fait incapable de remplir son rôle si dangereux, finira ses jours, après de longues aventures, au château des Tour- nelles. Déjà de son vivant, le trône ne lui appartenait plus : la partie de la nation vraiment saine et prête à combattre avait appelé un autre chef pour la défendre, un homme d'ini- tiative, Pierre de Chypre.

Les espérances des Arméniens étaient fondées. Leur élu de 1368 s'était déjà couvert de gloire en combattant contre les Infidèles avec autant d'énergie que de bonheur. Sans argent et sans appui de la part de ses frères de l'Occident, il con- quit d'abord à Gorigos, puis à Satalie des points de débar-

1. Jacques de Berne vit arriver à Famafcouste, le 30 juin \2\C^, plu- sieurs grands vaisseaux qui apportaient en Chypre plus de 1,500 fuyards, ce qui restait des liabifants de Lajazzo, qui venait de succomber devant les armées du Soudan : « Vil grosses sclief und galein aus dem lannd Armenia von der stat Lagaze galaden mit allten, jungen, frawon. cliinn- den, witifen und waisen». Voy. Rohricht et Meisner, Deutsche Pilger- reisen, (Berlin, 1880) p. 51. Les Sarrasins avaient fait plus de 12,000pri- sonniers « an die, die si mit dem scluvertt erschlagen liettcn » (ibid.).

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qiiemont sur le territoire même de l'ennemi. Les petits princes musulmans de l'Asie Mineure se soumirent après cette première conquête, qui n'était pour lui que le commencement d'une grande série d'expéditions. Tandis que la prise de Smyrne avait été considérée, quelques années auparavant, comme une digne conclusion de la croisade, il continua la guerre plus vigoureusement encore après ses victoires. Plein de confiance dans ses projets, il partit pour ces pays chrétiens qu'il devait trouver si différents de se^ rêves. Il y gagna, par sa parole éloquente, par le prestige de sa beauté^ et de sa force, les quelques enthousiastes qui s'y trouvaient encore. Quand il partit enfin de Venise, au mois de juin 1365, trop tard et après de nombreuses désillusions, quand la croisade fut commencée, l'énergique roi de Chypre ne douta plus qu'il allait réaliser prochainement son grand idéal et recouvrer ces lieux saints qui devaient appartenir aux chrétiens et que ses ancêtres avaient possédés. Il surprit Alexandrie et la conquit, après une grande bataille. C'était le premier pas pour arriver à son but : sa retraite forcée, devant son armée mécontente et saisie de panique, fut la première grande défaite. Il revint dans l'île de Chypre, attristé, mais espérant encore. De nouveaux projets se formaient dans sa tête d'en- thousiaste : ce qui avait échoué en Egypte serait possible en Syrie.

Il combattit trois ans contre des circonstances contraires. Ses alliés le quittèrent tour à tour : d'abord Venise, frappée dans ses intérêts par l'interruption du commerce avec l'Orient, puis les aventuriers attirés par le butin, et le pape lui-même, cet Urbain V, qui parut ressusciter un moment les temps glorieux de la papauté ; mais ce furent trois ans d'une confiance inébranlable, qu'accroissaient encore des victoires : toute la côte de la Syrie fut dévastée, le commerce du Soudan ruiné, la force des musulmans affaiblie par cet homme d'action, qu'on nomma plus tard « un pirate » ^ Un dernier effort pour obtenir des secours l'amena à Rome : le pape lui conseilla

1. Il était, s'exprime un chroniqueur arabe, « de haute taille..., aux yeux bleus, au teint brun. » J. J. P. Herzsohn, Der Ueberfall Alexandrierîs, l^" brochure, p. 5 (Bonn, 1886).

2. Stubbs, Sevenlee/t lectures on the sludy of médiéval and modem

une paix nécessaire avec le Soudan. Il revint en Chypre, désespéré pour la première fois, ayant perdu son enthousiasme antérieur, ne respirant que la haine contre tous ceux qui ne l'avaient pas compris et secouru. Cela finit par une catastrophe: Pierre P"" fut tué par ses barons indignés.

Il y eut quelques faibles efforts sous ses successeurs : Jean de Lusignan hasarda une petite expédition au commencement de sa régence. Puis, devant l'attaque injuste des Génois, Satalie fut restituée à Tacca et, au milieu des malheurs qui l'assail- lirent bientôt, Chypre, dévastée et ruinée, ne pensa plus à cette croisade, qui était pour elle « une question de vie ou de mort » '. Quand les Sarrasins se montrèrent do nouveau devant l'île, rien ne leur résista: le roi Janus, prisonnier, fut renvoyé dans son royaume, qui n'était plus un obstacle pour les repré- sentants de l'Islamisme.

Sous Amurat I", les Turcs avaient attaqué pour la pre- mière fois les états chrétiens des Balkans : les Byzantins furent complètement annulés. SousBajazet, la dernière croisade offensive des chrétiens finit d'une manière tragique à Nico- polis. Mais la résistance contre les vainqueurs fut très vive et se prolongea assez loin dans les temps modernes; elle sauva peut-être l'Occident d'une conquête musulmane. Les guerres de la chrétienté occidentale contre les Sarrasins, en Asie et en Afrique, furent suivies d'une longue série de croisades dé- fensives dans l'Europe orientale.

Quand les Turcs pénétrèrent jusqu'au Danube, la barrière des Carpathes fut défendue par les princes roumains d'abord, puis, après que le torrent les eut submergés, par les îlongrois et par l'Empire, qui brisa enfin, après des siècles de combat, la force de l'invasion. La lutte entre les deux religions était terminée.

C'est à ces croisades défensives que se rattache l'avant- dernière des expéditions chevaleresques, la croisade de Pierre I*"" ^ Ce ne fut pas la faute du roi si elle ne réussit pas.

Uislorii (1886), p. 190 : « It is triie tbnt thèse successes wcar to modem eyes the look of mère piratical exploits. »

1. A. Molinier, dans les Archives de l'Orient lalin, I. p. 337.

2. Qui ne fut pas par conséquent la dernière. Voy. Ileyd, le Colonie

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Pondant ses dix années de combats, Pierre eut pou de com- pagnons fidèles, et surtout peu d'hommes supérieurs, à sa suite. Parmi les croisés qu'assembla la cupidité seule et les chevaliers chypriotes qui se résignèrent à cette guerre qui les ruinait, d'autant plus lumineux apparaît Philippe deMézières.

C'est certainement une des plus intéressantes figures du siècle, et des plus nobles. Jeune encore, dans son village de Picardie, il lisait les anciennes chroniques de Terre Sainte, les récits des pèlerins, qui lui inspirèrent l'ardent désir de délivrer les lieux de la Passion. A peine âgé de vingt ans, il part pour l'Orient qu'il devait visiter tant de fois, rassemblant des connaissances sur le pays et les hommes, gagnant des adhérents à ses projets. Après la fin déplorable de la croisade de Humbert, à. laquelle il semble s'être rallié, il passe en Chypre, où il forme une amitié sincère et durable avec le comte de Tripoli, qu'il considérait comme le bras destiné à réaliser son idéal pieux. Chancelier du prince, quand celui-ci fut devenu roi de Chypre et de Jérusalem, il est continuellement auprès de lui, traversant pendant des années l'Europe entière, de la Norvège aux bords du Danube, s'exposant à tous les dangers possibles, aux menaces et aux naufrages, pour chercher des secours et des appuis.

Alexandrie fut pour lui, beaucoup plus que pour son roi, un coup de foudre. Le troisième grand facteur de la croisade, le carmélite Pierre Thomas, mourut au retour. Quand Pierre P"" finit sa vie d'une manière si tragique et que le chancelier dut recommencer sa vie errante, le hasard l'amena à la cour de Charles V.

C'est l'écrivain qui combattra désormais. Conseiller du roi pieux et lettré, au milieu d'une vie honnête et laborieuse inspirant de sages mesures à celui qui fut presque son ami, il n'oublie pas cependant son idéal de jadis. Contraint à quitter la « vie active », il défend avec la plume la grande idée de la croisade.

Sa retraite aux Célestins lui laisse plus de temps encore

comnierciali degli Ilalianiin Oriente...^ (Venise, 1 1868; tr. G. MûUer), p. 212 : « corne un epilogo aile cruciate » ; Herquet, J.-F. de Hcredia (Mùhlhausen i. Th., 1878). p. 52 : « der letzte Kreuzzug. »

pour ses travaux littéraires. Depuis 1380 jusqu'à sa mort, en 1405, il écrit sans cesse, en français et en latin, pour le même objet. C'est tantôt un nouvel appel pour son ordre de cheva- lerie, celui de la Passion du Christ, tantôt des traités allégo- riques dans le plus parfait goût de l'époque, tantôt des épîtres aux grands princes de la chrétienté : toujours cepen- dant et sous toutes les formes possibles, c'est le même projet qui fait l'unité de sa vie aventureuse. Il ne se décou- rage pas devant les défaites ; toute circonstance politique favorable le trouve prêt à combattre. Dans tous les grands événements du siècle, il a sa part, et une part principale \ Même après la terrible catastrophe de Nicopolis, il rêve une nouvelle expédition de la chrétienté, plus forte et plus sage surtout.

Si l'homme est intéressant et sympathique, l'écrivain est un des plus féconds en idées originales et des mieux doués du xiv" siècle. Un vigoureux esprit satirique (personne n'a flétri plus énergiquement la désastreuse minorité de Charles VI), une imagination ardente, une raison très droite et très sage, un enthousiasme communicatif sous le plus naïf et plus délicieux des styles, tels sont les traits qui caractérisent Mézières considéré comme écrivain.

Cependant l'homme qui a donné la direction à son siècle dans tant de graves circonstances, cet homme véritablement supérieur, est resté dans l'obscurité jusque vers les derniers temps. Ses œuvres se perdirent en partie, sa biographie par Bonaventure Baudry eut le même sort. Il y avait au commen- cement du siècle un seul article sur lui, et encore est-il sec et étroit, erroné souvent, celui de l'abbé Lebeuf ^ Depuis lors, les données sur sa vie et ses ouvrages se sont multipliées. Paulin Paris publia d'abord deux articles dans les Mémoires de l' Académie des Inscriptions^, corrigeant parfois les fautes

1. Les ordonnances de Charles V, par exemple, la paix entre Chariots VI et Richard II, plus tard. 11 contribua à la croisade de Mco- polis, probalileinent, comme il avait été précédemment le promoteur de celles do Pierre h'"" et d'Amodée de Savoie. La croisade de Barbarie (IIM)O), où l'on a voulu voir aussi son influence (Delaviile le Roulx, Ln France en Orient an XIV" siècle, p. 1 1;{), semble lui avoir été étrangère.

2. Mémoires de l'Académie des Inscrii)lions, première série, tomes XVI et XV II.

3. T. XV de la nouvelle série.

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d'inferprctation de son prédécesseur. Vinrent ensuite de vé- ritables révélations sur quelques-uns de ses ouvrages, com- plètement oubliés '. Deux thèses lui furent consacrées à l'École des chartes ^ et tout récemment M. Siméon Luce traita, avec sa grande compétence, un point relatif à ses œuvres ^ Si le présent travail, fondé sur de nombreuses recherches qui n'ont pas toujours été couronnées de succès, peut mettre davantage en lumière ce précurseur de la prose française, cet homme politique d'une si haute valeur, s'il peut contribuer à provoquer de nouvelles et plus heureuses recherches, le but de l'auteur sera complètement atteint \

1. Dans l'édition de Froissart par M. Kervyn de Lettenhove, t. XI (épitre à Richard II; lettre de Charles VI à ce dernier) et XV'I {Epislre coiisolaloire), et dans l'article de M. A. Molinier (Archives de lOrienl latin, I).

2. M. LefouUon en 1866 et M. Froment en 1887. Les « Positions » seules ont été imprimées.

3. Correspondant, 1892, n" du 10 octobre.

4. La rédaction de cet ouvrage a été terminée en août 1892: on a cherché à y faire entrer les renseignements trouvés après cette date, autant qu'il a été possible sans que l'économie en fût dérangée.

PHILIPPE DE MEZIERES

(1327-1405) ET LA CROISADE AU XIV^ SIÈCLE

CHAPITRE I.

FAMILLE DE MEZIERES.

C'est une véritable histoire que celle de l'origine de Mé- zières'. Les auteurs d'encyclopédies théologiques et littéraire^ des dix-septième et dix-huitième siècles en firent tour à tour un Vénitien et un Sicilien. La ressemblance entre la forme latine corrompue de son nom et le nom de la famille bien connue des Masserii de Venise fut la cause de la première confusion. L'hypothèse fut présentée avec beaucoup de ré-

1. Nous adoptons cette orthographe, proposée pour la première fois par M. Aug. Molinier dans les Arch. de VOrieul latin, Philippe étant certainement originaire de la ville inème de Mézières, en Picardie. — Ses quittances ])ortent toutes la forme Maisières, qu'il écrit parfois, en latin, de Maizeriis (procuration de Pierre 1" à ?es ambassadeurs à Gênes, 28 janvier 1365, Mas Latrie. Histoire de Chypre, II, 25'»)- Les ma- nuscrits de la lettre sur la Présentation (Bibl. nat., mss. lat. 14454, i° 2 ; 17330, f" 4 et 14511, f" 182 vo) portent comme signature Philippus de Maiseriis, ce qui est plus correct. La brochure de Dom Meurisse (un exemplaire à la Bibliothèque nationale, fonds Colbert, \% t. IV, pp. 44-58) donne la leçon de Maseriis, qui est la plus répandue dans les ency- clopédies théologiques. Les corruptions abondent : on trouve quelque- fois les versions Mazeriiis, Mezerius (Becquet, p. 101), Macerius (Possevinus, Apparotus sacer, éd. de Cologne, 1608, t. II, p. 2"'J), de Mnnscriis, de Maiseriis. Ilcnschen publia la Vie de Pierre Thomas sous le nom de Philippus Mazzeritis. Les auteurs italiens en firent Macerio, Mazerio. Masserio. Mazzerio(\oy. Zeno. Giornale de'letterati dltalia, Venise, t. I.\ (1712), p. 154). La version Maizières est la plus répandue (articles de Lebeuf, de Paulin Paris, articles d'encyclo- pédie, etc.). Nous l'avions adoptée, dans l'incertitude où nous étions encore sur l'origine du chancelier île Chypre, dans un article de la Bévue historique (t. XLIX, l" fasc).

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serve par les deux seuls écrivains qui la mentionnent, Ca- simir Oudin ' d'abord, puis Apostolo Zeno -; ils ne tardèrent pas à changer d'opinion*. L'autre erreur fut beaucoup plus durable. Dans sa Bibliotheca Mariana'", Maraccio avait rap- proché déjà le nom de notre auteur de celui d'un Philippus Siculus, écrivain théologique aussi ; avant et après lui An- toine Teissier'*, Vossius^ Possevinus^ Zeno encore, avec quelques restrictions comme toujours *, la présentèrent. Elle eut enfin l'honneur d'être ressuscitée, après les travaux de Lebeuf, par un bibliographe sicilien, M. Mira". Inutile d'a- jouter que ces opinions fantaisistes n'ont jamais été appuyées par des arguments.

Aujourd'hui l'opinion contraire ne peut pas soulever de doutes. Déjà Oudin lui-même, Spondanus'", Becquet, qui avait à sa disposition les manuscrits de Philippe et la biographie de Bonaventure Baudrj, Beurrier, du Boulay ", Ducange'^ étaient de cet avis. Lebeuf apporta des preuves, assez faibles, «il faut le reconnaître, pour quelqu'un qui connaissait les ou-

1. « Philippus Mazerius seu de Mazeriis, nobilis venctus, aliis Sicu- lus » (C. Oudin, Supplemcntum ad Bellanninum, p. 637).

2. « La famiplia Wasscria fiori veramente nella nostra cittadinanza, e un Francesco Masserio viveva e scriveva nel 1485; ma ciô non basta astabilirlo per nostro » (Zeno, Disscrtaziuni Vosaiane, 1, 21). Cf. Gior- nale de' lett., IX, p. 154.

3. « Philippus de Mazeriis, natione Gallus, patria seu ortu Ambia- nensis, quamvis nonnuUi nobilem Venetum, alii Siculum velint ». (C. Oudin, Commcular. de scriptoribus et script. eccL, III, p. 1127). Zeno se déclare satisfait de cette explication, dans le même ouvrage (Diss. Voss., I, 22).

4. Rome, 1648.

5. Catalogiis auctorum, Genève, 1686, au nom de Mézières.

6. De hisloricis latinis, Leyde, 1651, p. 528.

7. Apparalus sace7\ éd. de Venise, III, 181, de Cologne, 1608, t. II, p. 279 : « Philippus Macerius, Siculus. » Il cite à l'appui de son opinion un certain .Julianus Nasart.

8. « Filippo Macerio, Siciliano, gran canceliere del regno di Cipro » (Giorn. de' lett., IX, 153-4). Puis il ajoute : « Non v'ha sicurezza che fosse Siciliano » (p. 154).

9. iMira, Bihliorp-afin Sicih'ana (1875), art. Philippe de M. Cf. Ant. Mongitore, liibliotlieca Sicula {Mdl), ibid. On en fit même, grâce à la même hypothèse, un Mazarini(Rocch. Pirrus,t.Il,p. 403, ap. Ducange, Annales d'Oulre-Mcr, ms. de la B. N., f» 226 v).

10. « Miles Picardiae et regni Cipri cancellarius », Ânn. Eccles., I, 806.

11. « Philippus de Mascriis, nobilis Picardus » {Ilisl. Univ. Par.,W, 985); « nobilis Picardus ex agro Sangterrensi ortus » {ibid., IV, p. 441).

12. L. c.

vrages deMézières: d'après lui, Philippe est un Picard, né dans le diocèse d'Amiens, il se nomme lui-même « chevalier de Picardie' », les statuts de son ordre de la Passion no font que reproduire les usages de sa province natale, certaines pratiques religieuses même de l'église d'Amiens ^ Sauf les deux exceptions citées, ce fut un point gagné pour la bio- graphie de Mézières.

En effet, un examen même superficiel de ses ouvrages est décisif. Dans sa lettre aux chanoines d'Amiens il parle de cette ville comme de colle où il avait passé sa jeunesse : il est un brin de paille que le vent emporta en Orient, loin de sa province natale '. 11 s'appelle miles Picardus dans sa lamentation sur la mort de Pierre Thomas, son ami '*. Dans sa lettre à l'évêque Jean Roland, il parle au peuple d'Amiens, comme à des compatriotes : « Écoute-moi, écoute-moi, peuple élu des Amiénois, écoute ton compatriote, qui brûle du désir de parler avec Bernard et ne peut pas se taire '\ » Il est trans- planté du sol natal, dit-il plus loin, et ne peut plus produire de fruit ''. La vision qui lui apparaît auparavant, cette vieille femme en haillons, torturée par la roue infatigable, c'est sa mère, et il est saisi douloureusement de la retrouver ainsi : « Que j'aurais voulu être enterré, s'écrie-t-il, ônia mère, dans le champ des pèlerins, en Arabie, ou au pays des Grecs, en Hongrie ou dans le pays des Espagnols ou des Allemands ou en Egypte, et ne pas voir ma mère afiligée de la sorte' ! ». Amiens est son refuge, de même que Bethléem fut celui de Marie et de Joseph: ses pères y venaient jadis, c'est dans cette ville qu'on lui apprit la grammaire dans les années de son enfance,

1. Méra. de l'Ac. des inscrip. et b. l., t. XVII, p. 492.

2. Ibid.. t. XVI, p. 220.

3. Lellrcs de Mézières, Ms. 499 de l'Arsenal, f° 144.

4. JReviie hislorique, t. XLIV, I''' fasc, p. 45.

5. « Audi, audi, plebs electa Ambianensium, me compatriotam tuum, qui loqui trépidât cuin IJornardo et tacere non potest. . . Vigeor etcnim ad loquendum spirituali al'fectione, nativa compassione et caritate Domini» (Salve S. Parens, IMbl. nat. mss. lat. 14454, f» 19 v).

6. « l'rovidonte nempe (ms. neppe ; P. Paris, Mèm. Ac. hiscr.. 18'i3. p. 372, lit nnmque) sumnio agricola, q ucdam virgula(.sjr) condam sumpta fucrat de agro Arnbianensi ettraiisplantata in diversis regionibusmundi, maxime ad orieiiteni » (/6., f» 21 v).

7. « Outinam. mater niea, in agro peregrinorum. in .\rabia seu terra

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et (le plus, c'est à l'église cathédrale (rAiiiiens qu'il reçut le baptême'. Il peut dire à chacun des habitants : « Tu es mon os et ma chair, parce que, de même que le pouls travaille inces- samment dans une veine et que, pendant la vie de l'homme, la respiration ne cesse pas dans ses narines, la douce cha- rité représente habituellement dans mon cœur ma mère, la ville d'Amiens ; bien que j'eusse été absent de cette grande cité pendant longtemps corporellement, j'y fus présent malgré tout, je le suis et je le serai de tout mon cœur [tota mente), selon ce proverbe d'un certain docteur, qui dit : « La diversité « des lieux ne peut pas séparer ceux que lient la charité et « l'ardeur de la foi. » Je ne suis donc pas séparé, continue-t-il, de ma mère l'Eglise, mais uni devant le Seigneur, et pendant toute ma vie, je chanterai à la ville d'Amiens : « Salut, Sainte « Mère^ !». Enfin, si cette preuve peut être nécessaire encore, son épitaphe française aux Célestins commençait par ces mots, sur lesquels s'accordent toutes les versions : « Cy git Mon- seigneur Philippes de Maisières en Sangters (en Santerre),

Grecorum in Hongaria seu in terra Yspanorum aut Germanorum, vel super ollas carnium in Egypto, in Domino fuissem sepultus, nec vidissem malrem meam sic aftlictam » (26., f° 27 v°).

1. Salve S. Parens, Bibl. nat. lat. 14454, f°22 r">: «Sic et ego homuncio ad civitatem Ambianensem, ad quam patres mei confluebant, in qua puerilibus annis in grammaticalibus fui nutritus, et, quod plus est, cris- mate sancto a matrice ecclesia Ambianensi sumpto, in baptismate per- unctus. » Cependant Becquet {Elogia Celestinorum, Paris, 1719, pp. 101-2; c'est la meilleure sourcepourla vie de Mézière.^, quoi qu'en dise Lebeuf, Mnn. Ac. Inscr., XVIII, p. 491. Lebeuf connaissait encore de Becquet des mémoires mss. sur les Célestins) et après lui iMoréri (v. aussi Arch. de l'Or, latin, I, 336, note, Millin, .In^î- qidtés nationales, Paris, lldO-^d,^", I, 154; cf. Jôcher, Gelehrten-Lexicon, art. (le Mazeriis, Delaville le Roulx, 0. c, I, 202). croyaient que Philippe naquit au château de Mézières. Les arguments cités dans le te.xte, et surtout le dernier, nous paraissent concluants.

2. « Os meum et caro mea, quia, sicut puisus in vena sine intermis- sione laborat et flatus in naribus, homine vivente, non cessât, siccaritas dulcis matricem meam, civitatem Ambianensem, habitualiter in corde meo continue repre.sontat, et quamvis a tanta civitate absens diu fuerim corpore, nichilominus tamen presens fui, sum et ero tota mente, juxta illud proverbium cujusdam doctoris dicentis : Quos caritas fideique ardor connectit adstrictos, diversitas locorum dispares non facit esse divisos. Igitur non divisus a matrice mea ecclesia, sed in Domino unitus, pro civitate .ambianensi, quamdiu fuero vivens, tota mente decantabo': Salve sancta parens (f" 22 r")- » Cf. encore : «0 patres mei, fratres et domini Ambianenses utriusque sexus et cujuslibet

status, compatriote vestri. licet inutilis, obsecro, meinentote ! »

(f° 21 T°). « Audite me, Ambianenses, dilectissimi compatriote (f" 21 v") ».

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chevalier, chancelier de Chypre, conseillier et banneret de l'hostei du roy de France*».

C'est donc un Français, descendant d'une famille assez obscure de Picardie, dont l'origine était ce château mênne de Mézières, d'où Philippe partit en quête d'aventures ^ gens de noblesse médiocre et passablement pauvres. Ils habitaient leurs terres, quand ils n'étaient pas quelque part à se battre'': Philippe y laissa, en partant, une nombreuse parenté. Ils venaient quelquefois, dit-il, à Amiens, le chef-lieu de leur province*.

Cette famille picarde n'a rien de commun avec celles qui se distinguèrent plus tard au dix-septième et au dix-huitième siècle en Champagne et en Normandie. Il faut éviter surtout (car la confusion serait plus facile) de la confondre avec d'autres Mézières qu'on rencontre au xiv" siècle auprès de Philippe de Valois, de Jean II et de Charles V. Sur celle qui nous occupe, nous possédons d'ailleurs peu de renseigne- ments ; Philippe de Mézières lui-même ne nous en fournit pas.

Dans plusieurs endroits de ses œuvres, et presque dans les mêmes termes, il se représente seulement comme le dernier né d'une famille très nombreuse : il était le douzième de ses frères et sœurs, dont il ne donne pas les noms^ Il ne parle jamais de son père®.

1. V. les deux épitaphes dans Becquet (p. 102), Beurrier (Ifist. des Cri. de Paris, Paris, 1634, p. 392), Le Laboureur, p. 215, Meurisse de Madaure (Lettres de Chm'les V et de Ph. de Maisicres., p. 21).

2. « De modico Castro et semiruptis maseriis Ambiansensis (sic) exiens, ac domum patris et cognationem suam relinquens, ad partes orientales peragravit ». (Oralio trwjedica, Bibl. Mazarine, n° 1651, f" 129 V").

3. « Mon très doulz dieu », s'écrie Philippe dans sa Chevalerie de la Passion (lUbl. de V Arsenal, n» 2251, f"38 v°), «je recongnois que je ne suis pas meilleur de mes pères trespassez, qui par les guerres mor- telles ont esté nouris du sang de leurs frères crestiens. »

4. V. plus haut, p. 12, note 1.

5. Soliloquium peccaloris (\i[b\. de l'Arsenal, n" 408, f° 227): « Crea- turatua miiiima (il s'adresse à Dieu), qui abortivum et duodecimum fratrum meorum et sororum, participem me fecisti,etc. Quidam juvenis duodecimus iVatruni suoruui et sororuui » (Oratiu Irnfjedira, î" 129 v°). Cet abortivus, qualification que se donne souvent notre auteur, ne représente pas autre chose qu'une comparaison de goût douteux, ins- pirée par son humilité chrétienne.

6. Dans une quittance de la collection Clairamhault, Maisières, 69, p. 10, un certain Simon de Maisières, chevalier, déclare avoir reçu de Geffroy Cocatrix la somme de 48 livres parisis « pour nn septisme

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Parmi les nombreux frères de Philippe, il y en eut un (jui l'accompagna en Chypre, et peut-être môme dans les expédi- tions de Pierre P'' : c'est Guillaume de Mézières, qui avait embrassé la carrière des armes. Il entra d'abord au service de l'Église, sous Innocent VI probablement, et y resta pendant longtemps, jouant un rôle actif dans des affaires difficiles ^ Quand Urbain V arriva à la papauté, Guillaume revit son frère, revenu en France à la suite du roi de Chypre en 1362. Deux années plus tard, le pape le recommande à Pierre I*"" (16 octobre 1364), en indiquant en sa faveur les services que lui avait déjà rendus Philippe. Il était certainement à la croisade de 1365, dans cette familia de Philippe qui ne prit pas sa part du butin sacrilège au pillage d'Alexandrie ^ 11 assistait avec son frère, en 1366, à l'exhumation de Pierre Thomas''. Puis on perd sa trace*.

Dans une lettre à son frère, l'évêque d'Arras (1366), Philippe parle en outre de deux neveux qu'il a ou qu'il « croit avoir » \

armeures de fer » (sept. 1302). Serait-ce le père de Philippe? On serait tenté de le penser à première vue ; mais le sceau apposé à la quittance porte un blason tout à fait différent de celui de Philippe. C'est un « écu à la fasce accompagnée de six annelets, trois en chef et trois en pointe ». Voy. Demay, Inventaire des sceaux, n° 6087.

1. Arch. du Vatican, reg. 247, f" 149.

2. Oralio traQedic.a (f° 195 \°) : « De dictis spoliis, que in dicta civi- tate in habundancia possidebat, nec ipse nec familia sua, reminiscens Datham, Abiron et Chore. unum iotha a civitate non extraxit. » Cette familia semble avoir été assez nombreuse : beaucoup des parents de Philippe auraient cherché ainsi fortune en Chypre auprès du chan- celier.

3. Carmesson, Vila S. Pétri, p. 82 : « Guillelmum de Maseriis, fratrem dicti domini cancellarii. »

4. L'éditeur de Carmesson, frère Daniel de Sainte Marie (a Sancla Maria), croit pouvoir donner le nom d'un autre frère de Philippe : ce serait (Carmesson, p. 105, note 6) Pelnis Mazzerius. Une citation de la Gallia Chrisliana accompagne cette affirmation erronée. Le tome II de cette publication (p. 218) contient la biographie d'un per- sonnage tout à fait différent, Pierre Masucrius (dans la table... mau- suerins), docteur es lois et archidiacre d'Anvers, pédagogue de Gré- goire XI et évêque en 1373 (f 1391). La vraie forme de son nom paraît être Mazoerius, ainsi que la donne le décret pontifical par lequel on lui confère l'archidiaconé d'Anvers, à condition de quitter son cano- nicat et sa prébende à l'église d'Attigny. Il est qualifié de chanoine à Cambrai et docteur es lois, te 27 novembre 1364 (Arch. du Vatican, Reg. chanc, Urbain V, 111, fo 319). Un Geraldus Masuc.rii fut anobli en 1379 (Archives nat., JJllô, n" 102).

5. Bibl. de l'Arsenal, n° 499, f" 147 v: « Insuper r. p. ûxxo^ jvvcnes nepotcs habco vol credo habere. » Cf. f° 155 : « (Urbanus) nepotes

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Les personnages mentionnés de cette curieuse façon ne nous sont connus que d'une manière assez vague. Le seul dont on sache le nom, est Jean de Mézières, auquel son oncle dédia en 1381 un de ses opuscules, perdu aujourd'hui \ Le titre, conservé par Becquet, le qualifie de prêtre, chanoine à Noyon ; il était, son nom le montre suffisamment, le fils d'un des frères du chancelier. La lettre s'étendait sur les devoirs des ecclé- siastiques et commençait par une citation de saint Bernard ^ Jean de Mézières survécut à son oncle : on le retrouve en 1405 parmi les exécuteurs testamentaires de ce dernier, comme chanoine de Noyon ■'. L'autre neveu nous est inconnu \

Philippe eut une sœur qui épousa un personnage du nom de Pont-l'Évèque, dont elle eut ce « Jehan du Pont-l'Évèque m, qui fut, avec Jean de Mézières, l'héritier de son oncle, en 1405^ Il eut aussi des frères utérins ^ avec lesquels il entretint des relations amicales pendant une grande partie de sa vie. Trois d'entre eux sont seuls connus : Gérard de Dainville, tour à tour évoque d'Arras, de Térouanne et de Cambrai, puis Michel et Jean de Dainville.

meos quamplures ecclesiasticis beneficiis pinguibus dotavit »;

Sur la date de la première lettre, voyez plus loin.

1. Il ne faut pas confondre ce Jean avec un homonyme, qui fut clerc et plus tard conseiller de Philippe de Valois, et sur lequel les Archives nationales nous ont fourni de fréquentes mentions. Il n'y a aucune présomption que ces deux personnages appartiennent à la même famille.

2. Becquet, /. c, p. 103.

3. « Ilonnorable et discrète personne, messire Jehan de Maisieres, chanoinne de Noyon, nepveu de par père de feu noble homme messire Philippe de Mézières. » (Arch. nat.,S. 3758 A, sans numéro.)

4. Serait-ce un certain Guy de Maisieres, au diocèse de Térouanne, licencié en décrets et chanoine de Chàlons, puis de Térouanne, qui fig'Jire parmi les témoins au procès en canonisation de Pierre de Luxem- bourg, 25 janvier 1390? Voy. Acta Sanctonim, ]a\l\et, I, 525. Nous savons par ailleurs qu'il eut d'étroites relations avec Philippe quand celui-ci se fut retiré aux Gélestins (Acla SS.; ibid., p. 528, 531, 540, 545, 549).

5. « Jehan du Pont-l'Evesque, escuier, nepveu de par mère d'icellui feu messire Philippe. . . » (Arch. nat., S. 3758 A, sans numéro).

6. Philippe était-il né du premier mariage de sa mère et les Dain- ville du second ? Rappelons que Philippe dit être le dernier de douze frères et sœurs ; comme on va le voir, il appelle Gérard de Dainville vestra paternilna et traite ses autres frères utérins de domini mei\ ce qui fait croire qu'ils étaient plus âgés que lui ; enfin, Philippe étant né en 1327, aucun des frères du second lit n'aurait pu naitre avant 1328 ou 1329, ce qui pourrait paraître trop tard pour leur carrière, telle que nous allons l'esquisser.

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Michel est mentionné uniquement dans un acte royal du 23 août 1378, réglant des affaires relatives à la succession de son frère Jean. Il était à cette époque archidiacre d'Ostrevent dans le diocèse d' Arras et conseiller du roi ; Jean le nomma parmi ses exécuteurs testamentaires*.

Ce dernier commença sa carrière comme « écuyer de la cuisine » du duc de Normandie : il restitua en cette qualité un cheval à la aciitiferia dudit seigneur ^ en l'année 1346. Trois années plus tard, le 30 juin 1349, Guillaume de Pin, maître delà chambre des deniers du duc, lui délivra 30 livres parisis et deux sous, pour plusieurs sommes qui lui étaient dues '. Devenu chevalier et maître de l'hôtel du roi, après l'avènement de Jean peut-être (1350), il fut pris « au service » de ce prince à la bataille de Poitiers (1356), et suivit son maître et souverain, à Bordeaux d'abord, puis en Angleterre. Il occupait encore sa fonction le 24 juillet 1361, quand le roi, eu égard à ses longs et fidèles services, lui renouvela le don d'une maison appartenant à feu maître Roger de Viscrebet, recteur de l'église de Saint-Jean en Grève, à Paris, et valant 800 « royaulx d'or ou environ »\ Il lui avait fait déjà d'autres donations, qui ne sont pas mentionnées dans cette lettre.

Il devint riche dans ses différentes fonctions, grâce aux dons que lui accordèrent ses protecteurs. Pieux comme toute sa famille, il laissa par son testament, pour des œuvres de piété, « ses villes et terres de Vouillj et de Vuyres (?), avec leurs attenances^ », qu'il tenait en fief du roi. Gérard, son frère,

1. « Dilectus quoque et fidelis consiliarius noster, magister Michael deDainvilla,archidiaconusOstrevanensis, inecclesiaAttrebatensi,frater quondamet executor dicti defunctimilitis)) (Arch. nat., JJ 113, n° 286).

2. Archives nationales, KK6, f° 123-4.

3. Ibid.

4. « Johan, ... savoir faisons ... que, comme pour considération des bons et loyaulx services que nostre amé et féal chevalier Jehan de Dainville, maistre de nostre hostel, nous a faiz avant nostre prise devant Poitiers, ou il fu pris en nostre service, et depuis à Bourdeaux et en Angleterre, ou il nous a servi continuelment au dit office et fait encore chascun jour, nous li ayons donné par noz autres lettres la maison qui fut maistre Rogier de Viscrebet, ... séant en la rue de ia viez Texerranderie, ... laquelle maison tient d'une part a la maison Pierre la Parqueté, d'autre part a la maison Jehan de Meaux, faisant le coing de la rue du Martelet saint Jehan... o (Arch. nat., JJ 89, n»651),

5. « Villas et terras de Voucly et de Vuyres {sic), cum suis pertinen- tiis. » (Arch. nat., JJ113, n» 286).

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bâtit avec ses biens des chapelles pour le salut de l'àmo du défunt, de sa femme et de ses bienfaiteurs ; Charles V leur créa un revenu annuel de deux cents livres parisis *. Au moment de sa mort, qui est antérieure au 23 août 1378, époque à laquelle les lettres royales de donation furent renouvelées, il était maître d'hôtel du nouveau roi'.

Gérard de Dainville, le futur cardinal de Térouanne, n'était encore en 1350 que maître Gérard de Tainville (sic), clerc et notaire du roi''; il reçut le 16 janvier de cette même année, de Pierre de Berne, le trésorier, 32 livres parisis et six sous pour les gages des mois d'avril, mai et juin 1348 et pour un habit'. 11 changea bientôt de position, et sa vie est assez bien connue: évêque d'Arras dès 1362, il passa ensuite à Térouanne et à Cambrai, où il finit ses jours en 1378 ^

Il fut en relations suivies avec son demi-frère après que celui-ci se fut établi en Chypre : on ne possède que deux des lettres que dut lui écrire Philippe. La première ''' date de 1366 ; le chancelier de Chypre y parle de ses efforts pour gagner les princes occidentaux à une nouvelle croisade. Il était à Avignon et le roi venait de lui annoncer, à lui et à son compagnon de voyage, l'amiral de Chypre, son prochain départ contre les Sarrasins. Elle est très respectueuse pour son frère qui y est appelé vestra po.ternitas ; il lui envoie sa lettre par un rex heraldorimi, dont il fait l'éloge, et qui devait lui exposer de vive voix les affaires du roi et son propre état. Gérard est prié de lui accorder sa protection « dans les affaires qui lui ont été confiées par le roi ». Après

1. Ibid.

2. « Defuncti Johannis de Dainvilla militis, quondam magistri hospicii clarissime ineinorie carissiiiii doiuini genitoris nostri » {ibid.). 11 vivait encore le 24 juillet 1374, quand le roi lui accorda « decem et scptem modiosetoctojaletosbladi et deceinmodios et très aissinosavene vel circa, ad meiisuram laudunensem, annui et perpetui redditus » pour des services rendus à lui et à son prédécesseur (Arch. nat., JJ, 105, n° 467).

3. « Magistro Girardo de Tainvilla, clericoet notario régis. » (Ibid., KK6, f»281).

4. « Pro vadiissuisAprilis, Mail et Junii cccxLvui, et pro pallie suo... xxxn 1., VI s. p. »

5. Le roi conlirma en mars 1362 l'adjudication de plusieurs héri- tages, qui lui fut faite cette même année (Arch. nat., JJ91, n" 426). Sur sa vie. voyez Gnllia clirislinna. III, c. 46-7, 339.

6. Ms. 499 de l'Arsenal, f» 147.

N. JoROA. P/iilippe de Mézières. 2

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avoir parlé de ses neveux qu'il lui recommande chaleureu- sement, il lui offre ses services en Orient, s'il en a besoin, et lui demande ses prières.

Quelques années plus tard, la carrière de Philippe était finie en Chypre : Pierre P' avait été tué le 17 janvier 1369 et son chancelier n'osait pas quitter Venise, où il se trouvait au moment du crime. Il annonça ses malheurs à son frère ', qui paraît l'avoir consolé dans sa réponse. Philippe lui écrivit en 1369 ou l'année suivante, en lui faisant savoir son état pré- sent et celui de l'île qu'il ne devait plus revoir. Il le remercie pour la bienveillance qu'il lui a témoignée tant de fois'^ et se recommande à ses prières, tout en s'excusant sur la prolixité d'une lettre trop longue pour les brefs loisirs du prélat.

Le recueil de ses lettres ne contient plus rien de relatif à la personne de Gérard. Revenu bientôt en France, le chance- lier de Chypre dut revoir son demi-frère dans une position bien différente de celle de ses débuts. Avec Jean de Dainville et Michel, le conseiller du roi, ses relations furent probable- ment plus étroites encore. Peut-être même l'influence de cette famille, apparentée à la sienne de si près, aida-t-elle, en quelque sorte, les débuts de Mézières à la cour de France.

Ces renseignements, assez incertains et peu abondants, sont tout ce que nous avons pu trouver sur une famille dont Phi- lippe fut la seule illustration.

1. « Sicutvestrereverendissimepaternitati alias scripsi >->,ibid.J° 143.

2. « Vestram paternalem dulcedinem mihi indigno tociens in effectu hilariter ostensam de corde meo nunquam eradicabo » (ibid.).

CHAPITRE II.

NAISSANCE DE PHILIPPE. — SA .JEUNESSE. — SON VOYAGE

EN ORIENT.

L'année de la naissance de Philippe a été beaucoup dis- cutée : Becquet l'avait fixée, d'après ses abondantes sources et avec beaucoup de raison, vers 1326'. Cette date fut admise par la plupart de ceux qui s'occupèrent, en passant, de sa biographie. Lebeuf fut le premier qui exprima des doutes, se fondant sur un passage d'une de ces lettres qu'il était si fier de connaître. Or cette lettre a été très mal datée. L'abbé, qui ignorait l'histoire de Chypre^ au point de faire de Pierre I*"" le frère de celui qui fut réellement son père, de Hugues IV, la déclara écrite en 1362, sans se donner la peine d'apporter des preuves, qu'il n'aurait pas trouvées facilement. Elle est certainement bien postérieure, comme il est facile de s'en assurer du premier coup d'œil. Le jeune roi, juvenculus rex, lit- on dans cette lettre, va bien, il progresse en âge et en sagesse, expression bien singulière, on en conviendra, pour désigner un prince qui, même en i36'2, était arrivé depuis longtemps à l'âge d'homme. Puis il y est question du prince d'Antioche, « l)ailli » du royaume, d'une ambassade au Soudan, qui était revenue sans résultat, à la grande honte de la chrétienté, et des grands mal- heurs qui l'avaient éprouvé lui-même l'année passée, allusion évidente à l'assassinat du roi Pierre (1369). Au commencement se trouve une phrase allégorique qui a causé toute l'erreur :

1. Recquet, Eloffia, p. 102 : « circa Redemtoris annum mcccxxvi ». Les calculs qui suivent dans notre texte paraissent établir la date de rj-27.

2. Qu'il aurait pu connaître cependant, trois histoires de l'île étant publiées à cette épocjue; celles de Lorodan (traduction française contemporaine, sous le nom de Giblot), d'Htienne de Lusignan et de Jauna. Môme ce (iornier, <|ui abonde en erreurs des plus divertis- santes, ne pouvait pas lui fournir ce renseignement.

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« l'année passée entière, dit-il, dut être un jubilé pour moi, le Très Haut ayant rempli mon cœur d'amertume multiple et jusqu'à mon propre sang\ » Lebeuf crut qu'il s'agissait tout bonnement d'une période de cinquante ans, ce qui le porta à faire remonter la naissance de Mézières jusqu'à l'année 1312\ L'intention de l'écrivain est évidente, cependant, surtout pour quelqu'un qui se piquait de connaître sa manière d'écrire souvent si peu naturelle : il était très gai, le pieux. Philippe, dans cette année de malheur, quand il perdit son ami et sa fortune : Dieu l'avait éprouvé sévèrement comme il éprouve toujours, d'après l'Écriture, ceux qu'il aime le plus''. Du reste, en corrigeant l'erreur de date, on arriverait à 1320, huit années plus tard par conséquent.

.Paulin Paris protesta dans un de ses articles'' contre cette manière d'employer les sources; il objecta d'abord que le pas- sage n'était pas cité, bien qu'il fût d'une si grande importance pour la vie de Philippe : puis, pour faire concorder cette affir- mation de l'écrivain, si elle était jamais prouvée, avec la date fournie par Becquet, il parla du second voyage de Phi- lippe en Italie, quand il pouvait bien avoir écrit une lettre datée de Venise, comme celle que Lebeuf avait connue. Ce second voyage aurait eu lieu en 1376 : on sait aujourd'hui que Mézières n'alla pas plus loin que Milan. Un passage du tes- tament fut cité aussi contre l'hypothèse de l'abbé : Philippe était sexagénaire quand il l'écrivit, ainsi qu'il l'affirme lui- même ; avec la première date on arriverait à un chiffre de soixante-cinq^ ou plutôt de soixante-six ans, ce qui est tout à

1. « Totus annus preteritus mihi jubileus debuit esse, quia Altis- simus animam meam replevit multiplici amaritudine, ot usque ad sanguinem proprium. » Bibl. de l'Arsenal, n° 408, f" l'i'i.

2. « A l'égard du temps de sa naissance, dit-il, le manuscrit qui contient se^ lettres, en renienne une de l'an 1362, où il déclare que c'était alors son année jubilaire: d'où il s'ensuit (]u'il faut placer sa naissance, non en 1327, mais en 1312 «(Lebeuf, Écrn. de tAcad. des insc7-i/jt., Wll. p. 'i92).

3. Voyez Bévue historique, XLIX, l'''"fasc., pp. 43-44. Ce qui est plus curieux encore, c'est que Philippe déclare emprunter cette expression aux Ecritures.

4. Mém. de VAc. des inscr. el beUes-leltres, T série, année 1843, p. 370.

5. Voici le passage (Arsenal, ms. 408, f" 241) : « car il approce {sic) fort au terme de son pèlerinage et a la tin de son grant travel, qui a duré plus de lx ans, es quelz par la miséricorde de Uieu il a passé maint

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fait admissible, tandis qu'autrement il aurait été presque octogénaire.

On pourrait multiplier les arguments : si Philippe ne donne jamais lui-môme l'année de sa naissance, il la laisse deviner assez facilement. Il déclare avoir navigué sur la mer du monde pendant soixante ans environ, dans son Soliloquivm peccatoris écrit vers l'année 1387'. Il avait plus de cinquante ans (|uand il écrivit la ConLemplatio, qui semble dater pres- que de la même époque\ Il était né, dit-il ailleurs, dans des temps bien différents de ceux qu'il voit aujourd'hui : tout le royaume était en paix, toute chose abondante « et le peuple menu» si « cras et si très reveleus, qu'il avoyent aussy comme oublié Dieu'^ ». « Et si estoit le royaume lors comme en pais, riche et plain comme un œuf'.» Cela dura «un bon temps aprèsS). Or, si la France était riche et en paix pendant les dernières années de Philippe le Bel, l'espace de temps qui s'écoula jusqu'au com- mencement de la guerre avec les Anglais (1340) était trop grand pour pouvoir être représenté par l'expression approxi- mative de Philippe. Les personnages et les événements, qu'il mentionne dans son Songe du vieil pèlerin, appartiennent

grant péril et aventure sans nombre. » Il ne peut pas être question de ce (lui fut le but de sa vie, son autre /î^/e?-?n(7^^. ses efforts pour la croisade, l'n autre passap;e, assez difficile à exjjliciuer, ne peut |)as appuyer non plus l'hypothèse de Lebeuf (//yn/., f" 242 v") : « c'est assavoir qu'il (Dieu) t'a donné espace plus de ,\xx ans, voire de xl, et tant convenable, ou darrain quartier de ta vie, de recognoistre tes defautes, et la bonté de dieu en toy », etc. Si on applique le ternie de « darrain quartier de sa vie » aux 30 et 40 ans mentionnés plus haut, Philippe devait avoir />/ms de 160 ans en 1392 !

1. Bibl. de l'Arsenal, ms. 408 : « ferc lx annis. . . navigavi «(f" 228). ('f. sur la date de cet ouvrage le testament, ihid., f" 241 v". Le SoH- loquinm est cité le second {)armi l(>s livres, qui précédèrent ce dernier.

2. i5il)l. de l'Arsenal, ibid.. f" 197: « quianon solumxx.wiii annis, quin ymo quinquaginlnel ultra in lecto peccatorum paraliticus jacuisti».Une autre mention, plus obscure, au f" 188 : « (\\\\ (Dieu) sua pietate, non solum XV annos pueritie mee ad vitam crescendo adjun.xit, quamvero XXX et ultra ad juventutem meain multiplicavit », ce qui revient au même. La ConlvmpUino ne peut pas être celle qui est citée dans la Che- valerie de la Passion (Ms. 2251 de l'Arsenal, f'^ 7 v°, « ou livre secret de sa povre contemplacion »), la comparaison dont il est question ici ne s'y trouvant pas.

3. Siinge du vieil pèlerin. Ms. de l'Arsenal 2682, f" 131 v«. V. sur la prospérité générale vers cette époque, S. Luce, Jlisl. de li. Du Guesclin. La jeunesse de Bertrand, Paris, 1876, pp. 55-83.

4. Ms. 2683, f» !)3.

5. Ms. 2682, f» 131 v".

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tous ;ï une époque beaucoup plus réconte, au temps qui s'é- coula entre sa première jeunesse et son départ définitif pour l'ile de Chypre ( 1345-1 3G1). Il ne parle jamais de la cour des fils de Philippe le Bel, dont il ne pouvait pas connaître les règnes par lui-même. On trouve, au contj'aire, un certain nombre d'anecdotes, qui révèlent le témoin oculaire, sur le règne des deux premiers Valois, dont il servit le second dans ses guerres: ^3i jeunesse, ce sont les premières grandes batailles avec les Anglais — il mentionne Crécy\ — la guerre de Bretagne ^ les règnes, en Bohème, de Jean de Luxembourg et do Charles IV. Jamais il ne dépasse ces limites dans ses sou- venirs. Il quitta le château paternel en 1345 et le manque complet de renseignements sur sa vie antérieure nous montre que son âge l'empêchait déjouer quelque rôle. Avant 1345, il étaitencore, peut-être, à l'école des bons chanoines d'Amiens. Enfin, — et c'est ce qui me paraît décisif, — dans le récit du premier voyage fait par Pierre I''' en Europe, il déclare qu'il avançait lui-même déjà dans l'âge d'homme, au moment où le roi se décidait à commencer seul cette guerre contre les Infidèles, que ne voulaient pas entreprendre ses frères d'Occident '\ Il avait alors trente-huit ans, ce qui justifie assez bien les termes emploj-és : si on adoptait l'hypothèse de Lebeuf, c'est un homme de cinquante-trois ans, qui s'ex- primerait de la sorte.

11 fut baptisé à Amiens, dans la belle église de Notre-Dame\ On n'a pas de données sur son enfance, dont il ne parle jamais dans ses écrits ; il dut la passer dans ce vieux château de Mézières, qu'il décrit si noir et si ruiné; cadet d'une nom- breuse famille, il vécut dans l'obscurité et dans la pauvreté

1. Crécy et le comte Jean de Hainaut, ot d'autres exemples encore, contemporains et bibliques, pour montrer que « aler en l'ost, et legie- rement combatre, n'est pas un jeu de courre ou paale (.s/r). 11 y fault aler meurement » (Ms. 2683, f° 172).

2. « Anciennement, et ou temps du viel pèlerin, les grans princes et pers du royaume de Gaule en la guerre servoient le roy à leurs propres despens, si comme le duc Jehan de Bretaigne » {ibid.^ f" 174).

3. Il partageait, dit-il, aussi l'opinion du roi, lui le «juvenis... sepe tactus, jam in étale pleniludinis procedens » (Oratio tragédien, Bibl. Mazarine. 1651, f» 191 V).

4. V. plus haut.

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même, s'il faut l'en croire', bien que sa famille fût noble « selon l'opinion de ce monde ^ ». Quoiqu'il paraisse avoir ha- bité le château même de Mézières, ce n'est pas son père qui en était le seigneur. En effet, un arrêt du parlement, daté du 13 juillet 13G2, nous donne le nom du seigneur de Mézières, « enSancters » à cette époque, et Mahieu de Séchelles, frère et successeur do Pierre de Séchelles, ne paraît pas avoir été le parent bien proche de Philippe^ Est-ce de son père qu'il veut parler quand il nous représente, dans son Songe du vieil pèlerin^ ce vieux seigneur picard faisant la leçon à ses en- fants : « Mes enfans, disoit-il, aprenés tant a dire voir, que se en cas de nécessité vous avérés mestier d'une mensonge, elle vous soit comptée pour voir?* » Philippe suivit fidèlement ce précepte de son père : par malheur ce fut la seule chose que ce dernier aurait pu lui donner. Malgré ses nombreux pa- rents nobles, il commença bien difficilement sa fortune. De bonne heure, le jeune « Benjamin, le dernier de ses frères^ «, fut envoyé à l'école des chanoines de Notre- Dame, à Amiens. Il y fit les études habituelles avec beaucoup

1. « Moyjooi^rcet dénué enfant, le maisné de mes frères » (Chevalerie de la Passion, ms. 2251 de l'Arsenal, f» 10).

2. « Secundum famam hujus mundi nobilis » (Or. trag., f" 129 v").

3. Cet arrêt (Airh. nationales, X'« 13 a. 143) était dû à l'inter- vention d'un conseiller du roi, le « noble homme et puissant monsei- gneur » Simon de Bucy ; il mit fin à deux procès : entre Pierre de Séchelles et Guillaume de Raineval (Renneval) d'abord, pour la terre de Séchelles, dont le premier était seigneur; entre Mahieu et le même ensuite, pour la terre de Mézières même, qui était dans la dépen- dance de Guillaume, à cause de son château de Pierrepont. En ce qui concerne cette seconde aflaire, Mahieu avait offert vainement à son suzerain le tiers des revenus de cette terre pendant trois ans ; il consentit à recevoir enfin trois cents royaux d'or à payer en trois termes, pendant cette même année. Le procès avait été plaidé précé- demment devant \e prévôt de Monldidier et le bailli du Vermandois. Nous devons l'indication de cette pièce à M. Legrand, bibliothécaire aux Archives. — Soixante ans plus tard, les terres de Démuin et de « Maisiêres en Santers » étaient données par Henri VI, d'après la recommandation du duc de Bedford, à Antoine de Lorraine, comte de Vaudemont et châtelain de Boves en Picardie (c. Sains, ar. Amiens), l^lles avaient été confisquées par le roi anglais à « feu Charles d'Esneval, jadis chevalier, et sa femme «, pour s'être rendus coupables de rébellion (2'i septembre l'i25). (S. Luce, Jeanne d'Arc à Domrémy, Paris. 1886, p. 162).

4. Ms. de l'Arsenal, n" 2682, f» 78 v".

5. Contemplacio hore mortis, Bibl. Arsenal, n" 408, f° 208 : «hune Benja- min, ultimum fratrum suorum duodecimum » {Soliloquium, f" 227).

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do zèle, à ce qu'il paraît. Les œuvres de cet homme de guerre abondent en citations : il connaît beaucoup de choses sur la philosophie ancienne et contemporaine, il cite Aristote et son fameux commentateur, Albert de Cologne \ sans compter un des plus grands parmi ses propres contemporains, « le soUempnel maistre en théologie et digne evesque de Lisieux ^ », maître Nicole Oresme. 11 connaît le Livre des moralités '\ qui lui fournit de merveilleuses anecdotes et comparaisons, le Cat.holicon\ un de ses ouvrages favoris et « le livre moult sollempnel, apelé dicionaire^ ». Il n'est pas moins savant sur la théologie, bien qu'il proteste souvent de sa grande ignorance sur les choses de la foi et ses profonds mystères, qu'il se borne à croire, more bubulcorum^ . Il sait à fond toute l'his- toire des guerres des Troyens et les exploits des douze preux, les victoires d'Alexandre, d'après ce fameux livre d'Alexandre" si répandu au moyen âge, et les grandes conquêtes du « très

1. .S. (L V. p., t. II, (nous désignons ainsi le ms. 2683 de l'Arsenal qui contient la seconde partie du Songe; le ms. 2682 de la même bibliothèque sera représenté par le tome I«'), f" 39 v. Epilre au roi Richard, British 7nuseum, Hoyal H. IV, f" Il v°; Oralio tragedica, î° 162 v°. II cite une seule fois Platon, comme un modèle de vertu. ^S. d. V. p., iind., f» 210 \°. Cf. aussi sa lettre au cardinal d"Albano, sur la mort d'Urbain V. (v. plus loin).

2. 5. d. v.p., t. II, f" 40 v" II recommande « le romant de maistre Jehan de Meun », et, aussitôt après, les œuvres de S. Bernard (ibid. fo 43 v<'-44). L'œuvre de Nicole Oresme, qu'il cite dans son ouvrage, c'est « le biau traictié » sur l'astrologie, qu'il combat aussi de toutes ses forces. II en est tellement enthousiasmé qu'il l'appelle « le très subtil et real phillozofe, des meilleurs qui fust depuis Aristote » (fo 40 yo). Il admire aussi « le noble phillozufe Boesce » (dans la trad. de.I. de Meung:'')(cf. f" 99). Il cite encore d'Oresme les livres -(d'etiques et de politiques », ibid.

3. « Livre des moralitez»; il en tire l'histoire des deux rois Malavisé et Vigilant (Epilre à Richard, f» 28). II cite aussi le « Livre de la pro- priété des choses » (ibid., f" 55).

4. Songe du vieil pèlerin, t. 11, f" 69 v" : « livre de cathoHcon. » Il le cite aussi pour le prix du talent biblique : « vide in catholico » (Oratio trag., f» 159).

5. Cité pour éloigner Richard de la guerre : il est question de l'oiseau indien Arpia de Slragopales, qui ressemble aux chrétiens (Epilre, f»^ 50-51).

6. «... Et credo in Deumcotidie dicendoetfirmitercredendo, more bu - bulcorum » (Contempla Ho, f" 204). V(ur 'pour ses connaissances en tliéo- logie la réponse qu'il fit à S. Pierre, qui l'interrogeait sur la foi (ibid., f" 203 v"). Il cite surtout la Civitas Dei, S. Grégoire et Isidore de Séville, Guillaume de Paris (Or. tr., f" 179), Hugues de S. Victor et son auteur favori, «le bon bourguignon saint Bernard» (S. d.v.p.. I. f"5).

7. Ibid., fo 52 v°.

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preu Julius César, qui à très grand paine et batailles périlleuses, mist à conquerre x ans, et France et Angleterre, et grant partie d'Almaigne' ». Lesnoms de Théodose^etd'« Éracle*», d'(( Ottovian'* », qui mourut sans postérité, et de « Constan- cieux'' », qui eut le malheur de donner naissance à « Julius Apostata », lui sont familiers et lui fournissent plus d'une belle comparaison. Il aime à voir dans Charles VI et Richard, devenus amis, « Roilant le vaillant et le très débonnaire Olivier" »; dans le prince de Galles se choisissant une femme au-dessous do son rang, Constantin le Grand épousant Hé- lène, « lors une hostoiière très sage et aournéo de grans vertus' ». L'histoire du moyen âge lui est tout aussi bien connue : il parle de la bataille de Fontenoy^ qu'il fait peindre sur los murs de son temple do la guerre, de Char- Icmagne et d'Artus, le grand conquérant''', d'Henri V d'Alle- magne, auquel il attribue les actes de haute moralité de Louis le Débonnaire ^", de Godefroi de Bouillon, son héros de préférence, qui vainquit les Sarrasins par la seule force de

1. Chevalerie de la Paasioii, f" .'^5. Suit l'exemple de Cliarlemagne.

2. Epislre, f" 18. En passant par Pavie, la reine Vérité regrette S. Ambroise, Luitpraiid (S. d. v. p., 1, f" 76).

3. S. .'.r.séne le cite dans le Sonfj/e {ibid., i" 38). Son combat avec le fils de Cliosroès (Chev. de la Passion, f" 23 v).

4. Epilre à Richard, f" 43. Un exemple sur lui, qui « se lit es estoyres ronimaines » (5. d. v. p., t. Il, f° 85).

5. Il est nommé « frère de l'empereur Constantin. » {Epilre à Ri- chard, f" 44).

6. Epilre, f" 81. 11 les compare aussi à S. Edouard et S. Louis (f° 34).

7. Ibid., f° 48 V". Il cite aussi la légende dorée (Chevalerie de la Passion. P 68 \o).

8. Epitre à Richard, f"* 66-66 v". Il est question aussi d'Hannibal « roy d'Aufricjue » (ibid.), qui fut frappé — les chrétiens devraient en prendre exemple dans leurs saintes guerres — « en la teste et non pas en la queue » (Epit. lamentnhle et consolai., ap. Froissart. éd. Kervyn. XVI, p. 4'J4) par le « très-vaillant prince Cypion Aufricain » (Epitre à Richard, f" 3 v"), d'après « les croniques autentiques » (ibid.). II voudrait, dit-il ailleurs, (jue ce dernier ressuscitât pour venger les chrétiens (A''owa relir/io Milicie Passionis. Bibl. Mazarine.n" 1943, fo20).

9. Aux(piels il compare les jeunes rois de France et d'Angleterre, pour les animer à combattre contre les Infidèles (Epilre à Richard. i" 81). 11 connaissait sur le premier des chroniques (« selonc ses cro- niques )), Songe du vieil Pèlerin, t. II, f" 114 v"). Il connaît aussi la piété de Robert de France (j/>îV/.. f" 117) et de Philippe-Auguste, « qui commença sa sainte chevalerie a deslruire hérésie » \(ibid., f" 62).

10. Pupitre à Richard, f" 42. Il cite aussi Henri IV et Louis le Dé- bonnaire (ibid., f» 44). Cf. 6'. d. v. PeL, t. H, f" 109.

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sa chasteté '. Il recommande une bibliothèque entière à Charles VI, son élève : la littérature sacrée et la profane s'y mêlent d'une manière assez originale; les seuls « dittiés » profanes doivent être évités par le jeune prince, qui ne doit pas écouter les mensonges effrontés des trouvères". Après chaque fait, il cite sa source, quelques « croniqucs et es- tovres anciens" », les livres de « Titilivius », de « Valerius » et de « Maximus, » dont il fait deux personnages différents, de Végèce, sur la « chose chevalereuse», le« noble » livre sur le gouvernement des princes*, ensuite les dialogues de saint Grégoire et les chroniques de Terre Sainte, les prophéties de Merlin% et les « hystoires autentiques des ix preuz ^ ». Comme compositions littéraires, il aime les ouvrages d'Orose et de Claudien, « souverains poètes'' », le roman de la Rose ' surtout, qui a des similitudes avec quelques-unes de ses œuvres, et les poésies d'Eustache, son ami, la chronique rimée du ((poure homme appelé Cuvelier » '. Il admire la faconde de « Tulle*'», qu'il voudrait tant posséder, et ne manque pas de lire — en original, peut-être — « la cronique autentique du dessus dit marquis de Saluce et de Griseldis,.. escripte par le solempnel docteur et souverain poète, maistre François Petrac de Puis"».

1. « Qui par la vertu de chasteté trencha parmi le Sarrasin à la bataille d'Antioche » (Fpitre à Richard^ f» 42).

2. 5. d. V. Pel., t. II. f"* 98 et suiv.

3. Il cite des « cronicas autentiquas terre sancte », pour montrer que les croisades continuèrent après la prise de Jérusalem (Orat.trag., f" 192). « Es hystoires autentiques des ix preuz, de la bataille de Troyes, d'Alixandre etdes Romains... » (S. d. v. P.,t. II, f" 170 v»); « croniques et estoyres anciens » (ib., f" 98). Il se goumet au jugement de l'Eglise s'il a écrit quelque chose dans son livre, qui soit « autrement que es hystoires et croniques anciennes », dans les écrits des docteurs et les saintes Ecritures (ibid., f" 210 v").

4. S. d. V. P., t. II, f" 170 v°; cf. f" 99. II cite encore les Antiquités de Josèphe (f" 99) elles relations de Pythagore avec « Pampelion, res- gnant à Romme » et y donnant des lois (ibid., t. II, f" 33), d'après Tite-Live.

5. Pour montrer que, depuis 60 ans, la chevalerie anglaise est de- venue une « aguille ou aguillon de fer » (Epitre à Richard, f" 15 v").

6. V. note 8, page précédente.

7. S. d. V. P., t. II, f" 196.

8. « Le livre de la Hose » (Jbid.. t. I, f" 100 v«).

9. S. d. V. P., t. H, f" 99 V"; 108 v».

10. « 0 si rectoricam et eloquentiam haberemTulii » (Contemplntio, f" 210).

11. Epitre à Richard, f" 49.

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Il avait sur l'éducation de très bonnes idées, qu'il devait ex- poser dans ce traité sur sa chevalerie de la Passion, dont on n'a mallioûreusement que les rubriques'.

Il avait sans doute acquis la plupart de ses connaissances beaucoup plus tard, dans ces voyages d'aventures pendant lesquels il eut tant d'occasions de s'instruire, et surtout dans sa retraite paisible aux Célestins. Son tempérament curieux de savoir dut beaucoup l'aider à compléter son instruction : il recueillait partout des informations sur les sujets les plus différents. Il posait aux phijsiciens, pendant son séjour à la cour des rois et des papes, dit-il, des questions « touchans à medicine et à astrologie, pour aprendre tousjours et retenir aucune conclusion de medicine-». C'est en agissant de la sorte qu'il devint, sans contredit, un des écrivains les plus cultivés de son temps. Il dut cependant beaucoup, surtout le maniement facile du latin, aux leçons des chanoines d'Amiens. Nous n'avons pas de données sur cette partie de sa vie, sur le temps même qu'il employa à ses études : il ne les compléta pas d'ail- leurs, décidé à embrasser, comme toute sa famille, la carrière des armes. On a fait de lui, mais à tort, un docteur en droit ^, car il ne connut jamais très bien cette matière. Quant à la théologie, il déclare lui-même n'avoir été ni « docteur en décrets ni licencié dans le conventus des théologiens* ».

Philippe garda toujours de la reconnaissance à ses premiers maîtres. En Orient encore, après les événements de 13G5\ il

1. [iibl. Mazarine, n» 19'»3. f"'^ 103 et suiv.

2. Epilre à Bichard, i" 31». 11 savait le grec, par exemple, qu'il apprit en Chypre, sans doute (il cite le mot ;:avay;a), et peut-être môme quelques rudiments de ces langues orientales qu'il voulait faire apprendre aux fils de ses chevaliers.

3. .\. Bostius, Dp. palronalu H. Virg. Marine, c. XII: « nobilis vir Philippiis de Mazzeriis, regnorum Jérusalem et Cypri cancellarius, doclor Leijinn et eques auratus. » P. Paris l'avait déjà qualifié de « chevalier os lois », M. Rrants exprime, d'une manière plus précise, cette hy])othèse : « Maizières devint jurisconsulte, chevalier es lois et fut attaché comme chancelier de Chypre à la personne du roi Pierre l'""» {Rev. calh. de Louvain, 1, p. 592).

'i. 11 n'est pas. dit-il, « doctor decretorum nec licenciatus in conventu theologorum » (Contemplnlio, f" 204).

5. Le ton général de la lettre est assez vague : Pierre, l'athlète de la foi, le second Machabée, a remporté déjà plusieurs victoires merveil- leuses sur les Sarrasins, sans avoir trouvé pourtant aide et consolation parmi ses frères de l'Occident. 11 est cependant toujours prêt à com- battre pour l'accroissement de la foi catholique. 11 a lui-même beau-

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leur écrivit, leur demandant des prières pour le roi -vain- queur. Il gardait auprès de lui un de leurs diocésains, le curé Jean Honoré, pour se souvenir, dit-il, de leurs p'crsonnes : il demande dans sa lettre leur protection pour les bénéfices que ce dernier avait laissés en Occident. La lettre est très affec- tueuse pour sa ville natale et son pays : il est lui-même, dit-il, un pauvre petit a,rhre{nr buse nia), transplanté en Orient pour le service de la foi chrétienne. Il n'oublie pas cependant, au milieu deses travaux, samère, «rimmaculéeViergeglorieused'Amiens et sa maison merveilleusement élevée au-dessus des autres, et son jardinier, le martyr Saint Firmin'w. Ce « jardin fleuri » est toujours présent à sa mémoire, et toute chose accroît la douleur de la séparation, « de sorte que, dit-il, quand le frêle arbrisseau se souvient [contemplationepresentantur] des chants de Sion, des voix de louanges sonores, d'exultation et de joie, du divin office de jour et de nuit, que vous célébrez en l'hon- neur [exJtibetis) do l'époux et de l'épouse et du très dévot jar- dinier, dans la maison de notre mère susdite, vous, mes seigneurs et mes pères, son esprit exulte dans le Seigneur, son Dieu salutaire, et, s'il convient de l'écrire, son àme défail- lit du désir de voir et d'entendre des choses pareilles, parce qu'une seule journée à ton foyer, ô étoile du matin et remède des pécheurs, vaut plus que mille autres ))^ Il se recommande à leurs prières; certain d'être aimé encore par ses pères, il leur offre ses services, en Orient ou ailleurs, et se recom- mande à son « très vénérable père, l'évêque d'Amiens, son pré- lat naturel », Jean de Cherchemont (1325-73). La lettre finit par une fervente prière pour la paix et le bonheur de sa pre- mière patrie: « que Dieu éloigne, dit-il, de mon premier champ lacrimable, » c'est-à-dire de la France, « les ronces, les épines, les sauterelles et tout malheur, par sa miséricorde^ ». C'est peut-être le ton familier de la lettre, qui a fait croire à

coup d'affaires sur les bras. La lettre serait-elle antérieure au départ de Pierre pour l'Occident? Je préférerais la date de i365-1366 (départ de Philip})e pour Venise), comme justifiant beaucoup mieux le mécon- tentement envers la chrétienté occidentale. Bibl. de l'Arsenal, ms. 499 f" 144.

1. Ihid.

2. Ihid.

3. Ihid.

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Becquet, qu'il fut chanoine à Amiens, après son retour de Jérusalem, hypothèse peu probable et que rien dans ses ouvrages ne vient appuyer '.

Nourri des chroniques de Terre Sainte et des récits dou- loureux, des pèlerins, l'enfant devint d'une ardente piété, qui touchait au mysticisme. Il prit la Vierge pour patronne et lui voua pendant toute sa vie une dévotion spéciale, qui apparaît dans tous ses ouvrages : c'est son « espérance depuis sa jeunesse »''^ ; il se nomme « son dévot continuel* » ; c'est elle qui le défend devant le tribunal du Christ*. Il em- ploiera plus tard des années entières pour obtenir la célé- bration de cette nouvelle fête de la Vierge qu'il avait rapportée de l'Orient.

En môme temps, commençait à se former dans l'esprit du jeune homme une idée qui fut l'étoile de sa vie aventureuse. Il avait lu dans les chroniques l'histoire des croisades, l'enthousiasme premier des multitudes, le pape prêchant lui- môme la croix à Plaisance et à Clermont, ces masses innom- brables que conduisit en Orient un simple moine, son compa- triote, Pierre l'IIermite. Sa communauté de patrie avec le promoteur de la première croisade le fit pensera la possibilité d'une nouvelle expédition, dont il serait, bien qu'indigne, l'inspirateur. Il était, il le savait, un simple cadet de Picardie, sans pouvoir et sans argent, mais c'était Dieu qui allait combattre sous son nom : son prédécesseur, n'était guère de plus grandes aptitudes, ni de noblesse plus haute ^

1. Je n'y verrais qu'une seule difficulté : Becquet est très ;)reVis, il le fait rester à Amiens, dans cette qualité, pendant quatre ans. Cepen- dant, revenu de rOrient, il eut des occupations beaucoup moins pieuses, faisant le mercenaire au service d'Alphonse de ( astillc d'abord, puis dans l'armée contre les Anglais, sous les ordres d'Audrehem. On ne voit pas trop ce qui lui aurait fait quitter le service pour prendre l'habit de chanoine. \'oir encore sur ses relations avec l'égliîse cathédrale d'Amiens, le Salve sanclaparens, où il déclare y avoir été élevé (v. plus haut). « U vos patres mei venerandi, in famulatu imperatricis Ambia- nensium, in templo ejus miritico solempniter dedicati » (f" 24).

2. « Spes niea a juventute » (Conlemplalio, P 208 v").

3. « Devotus tuus a juventute sua sernper e.vtitit », dit Saint Jean à la Vierge, dans le même ouvrage (f'^ 203). « liic devotus mi commissus a sua juventute », s'exprime-t-elle ailleurs {ibid., 218 v').

4. Ibid.

5. « Sequendo desiderium militie Machabeorum, et ultime militiam

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Des prophéties contemporaines \ de ces illusions enfantines, si fécondes au moyen âge, firent une profonde impression sur son âme superstitieuse et l'affermirent dans ses espérances. La puissance des Infidèles n'était plus à craindre, malgré leurs victoires. Si leurs armées étaient innombrables, leur organisation solide et leurs possessions étendues, ils étaient à la veille de périr. Dieu les avait condamnés, et ils le savaient eux-mêmes. Les Francs, leurs parents, descendants de ce Francio, frère de Turcus, qui prit part à la guerre de Troie, devaient recueillir leur héritage -, on s'en était occupé au grand conseil du Soudan, où les astrologues avaient révélé la catas- trophe prochaine^. Peut-être même, croyait- il, leur mission était-elle remplie, les chrétiens ayant été ramenés à Dieu par le danger de l'invasion ^

L'ambition se mêlait aussi,' bien qu'il ne s'en rendît pas compte, dans son enthousiasme, à ces projets pieux. C'était une race très énergique que celle de ces Picards, dans le pays desquels commença la guerre de Cent ans, et à toutes les époques l'étranger les rencontra dans son chemin et leur résis- tance fut désespérée devant l'envahisseur. Au xiv" siècle, avec lesGascons et les Bretons, ce furent ceux qui fournirent le plus grand nombre d'aventuriers. Dans ces familles nobles, assez

sanctam venerabilis Pétri heremite, compatriote sui,Ambianensis »

{Or. Irag., f" 129 v»)

1. Il parle, plus tard, dans le Songe du vieil Pèlerin, de ces pro- phéties sur un roi franc, qui devait conquérir .Jérusalem; c'est à Charles VI qu'il les applique (t. I, f" 3) : « Selonc l'escripture et d'au- cunes visions et d'aucunes projjhesies, grant temps a, révélées », surtout en ce qui concerne la croisade.

2. S. d. V. P., II, f° 190 V" : « pour ce que le souldain et son grant conseil sont infourmés par leurs astrologiens, que la loy de Mahommet briefment doit estre destruite, et si doubtent fort en ce cas de ta royale Magesté ».

3. Il avait une conception semblable sur les guerres occidentales : les Anglais devaient châtier, par mission divine, leurs ennemis, cor- rompus par la paix. Cette mission remplie, la guerre n'avait plus de raison, et ils devaient y renoncer, sous peine de s'attirer la colère de Dieu. On retrouve la même idée dans un écrivain antérieur, Guillaume Curti, auteur d'un mémoire adressé à Benoît XII. Jean de Hoque- taillade aurait attribué la môme mission aux Anglais : « N'est-il pas écrit par Virgile, que les Anglais ne sont qu'un fléau, dont dispose la main de Dieu pour châtier le peuple français?» (Froissart, éd. Kervyn, VI, 494). L'ouvrage a été publié par Ed*. Brown, dans l'app. à Or- thuinus Gratius, Fasciculus rerum expetendarum et fugiendarian, Londres, 1690, p. 496.

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pauvres, qui habitaient les nombreux petits châteaux de la province, les enfants n'attendaient guère longtemps pour partir. Dans une famille, dit Mézières lui-même, il y avait des« cou- sins » — tout le monde y était quelque peu parent — qui combat- taient en Provence ou en Normandie, d'autres au service des tyrans lombards, sans compter les plus aventureux, qui reve- naient au pays après un voyage en Terre Sainte, assez fréquent encore'. Aussitôt parvenus à l'âge d'homme, avant ce temps môme, ils quittaient leur manoir pour chercher la fortune et, comme ils étaient braves pour la plupart et très habiles, ils la trouvaient souvent, très loin de leur patrie , en Italie ou dans les pays presque fabuleux de l'Orient. Phi- lippe avait les qualités de sa province et de sa ville, de ces habitants d'Amiens, dit-il, « curieux de leur nature et disposés, d'après l'interprétation de leur nom, à briguer les honneurs ^ » (ambire honores).

Du reste, jamais temps ne fut plus favorable aux aventures que ce commencement du quatorzième siècle, qui est peut- être le bon temps de la chevalerie. Les distinctions nationales ne s'étaient pas encore établies d'une manière précise: ce qu'on cherchait en combattant, ce n'était pas la défense de son pays, mais bien la gloire d'abord, puis ensuite ce qu'on appelait « faire fortune ». Cette fortune, on la cherchait par- tout, au prix de beaucoup de fatigues : on la trouvait plus souvent et avec plus de facilité dans les pays éloignés, où la guerre était presque continuelle entre les chrétiens de l'Orient et les Infidèles. Des Allemands, dos Français, des Italiens allaient combattre pour la croix d'abord, puis, quelque peu aussi, pour leur propre profit; beaucoup se fixaient dans les îles qui y représentaient encore la chrétienté, Chypre et Rhodes. Chaque année, de nouvelles troupes y arrivaient, et le bruit des richesses amassées, des grands exploits accom-

1. « Toutefois il est comme impossible que cotte cognoissance de la dicte guerre emprinse puisse parvenir à tous ceulx (pii s'appellent cousins, car Tun sera en France et l'autre en Noruiendie, l'autre en

Provence et l'autre en Lombardie » ^S. d. v. P., 11, f" 186-6 v". Puis,

plus loin : « Et que pis est, un vaillant preudomme chevalier vendra d'oultre mer n(ilnd.). 11 est question des guerres civiles en Picardie.

2. « Ambianenses namquc a natura curiosi et, secundum interpre- tacionem nominis, ambire honores » {Salve S. Paren.s, i" 20 v").

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plis dans la guerre avec les Sarrasins ou les Turcs de la côte, attirait de l'Occident, où les grandes guerres n'avaient pas encore commencé, de nouvelles recrues.

Philippe en avait entendu, lui aussi, de ces histoires sur rOrient, où tant de ses compatriotes devinrent riches et puis- sants. Il se décida à partir pour ce pays des merveilles, où de grandes choses pouvaient être encore accomplies. Son cœur saignait au récit des souffrances des chrétiens orientaux, il se révoltait à l'idée que des Infidèles profanaient par leur pré- sence les lieux qu'avaient sanctifiés la vie et les souffrances du Christ'. Ils devaient en être chassés, à tout prix, et le royaume de Jérusalem rétabli, plus puissant et plus grand que jadis. Quant aux moyens, ils lui paraissaient assez simples: toute guerre devait cesser entre les chrétiens, une réforme générale des mœurs précéderait le passage; toute la chré- tienté occidentale, si riche et si forte, aurait bien raison de quelques armées d'Infidèles^. Une nouvelle expédition allait finir, quand Philippe quitta son pays d'origine: il sortit du château de Mézières en 1347, à peine âgé de vingt ans. Il ne devait pas y revenir bientôt.

1 « Quadam devotione singulari et injuria crucifixi Jherusalem,

terra sancta ab Agarenis facta et in quarto gradu ibidem régnante », dit-il en parlant de ce qu'il vit à Jérusalem {Or. Ira g-, f" 1^9 v).

2. « Desiderabat etenim idem, juvenis ille tune et nunc veferanus, ut videlicet predicatione sua militari et aliorum inediante, principes cathulici et populi cliristiani ad pacem et dilectionem inter se reiio- varentur et ad sanctum belluin Dei devocius animarentur, et finaliter terra sancta per virtutem sancte crucis de manibiis Agarenoruin féli- citer eriperetur » (Or. trag., l. c). On ne s'imagine pas la facilité

avec laquelle on })artait à cette époque, pour guerroyer dans lespai/s (le croisade, l'Urient et la Prusse. Sur le grand nombre de ceux qui se trouvaient en Prusse vers la fin du xiv'' siècle, voir Chronique du bon duc Loya de Bourbon, éd. Chazaud (Soc. de l'hist. de France), pp. 6;)-6; et les comptes des deux expéditions du comte de Derby, plus tard Henri IV d'Ar.gleterre, en Prusse, dans les années 1390-91 et i;{92, publiés par M'i« Smiih (Camden society, 189i) et par M. Prutz (Publi- cation des Vereins fiir die Geschichte der Provinzen Ost-und West- preussen, 189:}).

CHAPITRE III.

LA CROISADE AU XIV* SIECLE. — EXPEDITION D HUMBERT II.

Bien que les grandes expéditions eussent cessé, jamais l'idée de la croisade ne fut plus agitée, ni les tentatives pour mettre sur pied une nouvelle armée chrétienne, plus nom- breuses qu'au commencement du quatorzième siècle. La chré- tienté jouit pendant de longues années d'une paix presque complète et sa prospérité ne fit que s'accroître, tandis que de grands changements, désastreux pour la puissance des Infi- dèles, se produisirent en Orient. Les Mongols, plutôt favorables à une alliance avec les chrétiens, avaient soumis la Perse : l'empire d'Iconium, si florissant jadis, était en pleine déca- dence, quand ces nouveaux conquérants le traversèrent, dans leur vigoureuse expansion. Il se démembra bientôt, et tous ces petits émirs qui se partageront son héritage, auront bien de la peine pour résister à une armée chrétienne, assez faible cependant, celle de Pierre I" de Chypre. Le centre de l'Asie Mineure formait néanmoins un État compact, capable de se défendre et de vaincre, celui de Kermian; tel aussi, au Sud, celui qu'on appelait communément en Occident, le pays du Grand-Caraman. L'Egypte était encore dans la plénitude de sa force : Acre, dernière possession des chrétiens en Syrie, finit sans doute par succomber devant les armées des Sarrasins, et l'Arménie ne tarda pas à subir le môme sort. Mais la flotte du Soudan était notablement inférieure, ses soldats, ramassis des peuples les plus différents, étrangers au pays et sans attaches durables, étaient prêts à servir les intérêts du premier émir populaire qui leur proposerait une révolte. Pendant tout le quatorzième siècle, l'Egypte ofi'ritle spectacle de révolutiohs incessantes, destinées à produire des gouvernements tout aussi éphémères que ceux qu'elles viennent de faire tomber.

N. JoRGA. Pfiilippe de Mézières. 3

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La plupart des soudans périrent en prison ou sous le couteau des assassins *.

En présence d'une telle situation, la chrétienté pouvait son- ger à reprendre la guerre séculaire qu'avait interrompue le désastre de Tunis. Dès l'année 1293, Jacques II d'Aragon conçut le projet de recommencer la croisade : il envoya Pierre Desportes pour obtenir le secours des Mongols de Perse et demander l'alliance des rois de Chypre et de la petite Ar- ménie^. Ces projets n'eurent pas de suite. — Vers le même temps, la croisade recommençait en Chypre : les chevaliersde Henri II attaquèrent, avec quinze galères, Candelore, qu'ils ne purent pas prendre, et Alexandrie^; le pape, effrayé par la chute,d'Acre, avait envoyé pour la défense de l'île dix galères, armées à Anc(3ne, et dix autres, qui partirent de Gènes \ Le Soudan Malik-al Aschraf s'en émut: il fut question de soumettre ces nouveaux ennemis si acharnés à le combattre ; des révo- lutions intérieures empêchèrent l'invasion sarrasine ^ Bientôt une alliance contre le soudan réunit les Mongols, l'Arménie, la Géorgie, Chypre et les deux ordres de chevalerie établis en Orient; Ghazan, Khan des Tatars, demanda quelques années plus tard, en 1299, le concours des chrétiens de l'Orient (21 octobre) ^ Si l'ile n'envoya que trop tard son contingent à l'armée de Syrie, à cause des mésintelligences qui régnaient entre les chefs des chrétiens, le roi des Géor- giens et trois mille Arméniens sous leur ancien roi Héthoum, devenu le frère mineur Jean, prirent part à la bataille de Hèms, qui décida de la campagne : les Tatars furent com- plètement vainqueurs et le soudan s'enfuit vers Damas, avec les débris de son armée ^ Bientôt deux galères et deux « tarides » chypriotes partirent pour Batroun et atta-

1. Vingt soudans régnèrent pendant un siècle.

2. Cf. une seconde ambassade au pays des Mongols, en mai 1300, Cap- many, Mem. hisl. sobre Barcelona. Madrid, 1792, IV, 28 et suivantes. (\ég. avec le Soudan en 1292, p. 18). Sur les gestes des Catalans en Orient, R. Muntaner, chap. 199 et suiv. (Valbonnais), Hisl. du Dau- phiné, II, 151-52.

3. Gestes des Chyprois, éd. de la Société de l'Orient latin (G. Ray- naud). p. 261.

4. Ibid., pp. 261-3; Amadi,éd. René de Mas Latrie, Coll. des Doc. iné- dits, 189), 229; Bustron, édit. du même, même collection, 1886, 128-9.

5. Bustron, pp. 129-30; Amadi, 235; Gestes des Chyprois, 298-9.

6. Voyez la note précédente.

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quèrent même, sans succès, le Port-Pèlerin, que venaient de perdre les chrétiens \ Enfin, le gros de l'expédition, com- posé de seize galères et cinq « saïties », qu'accompagnaient aussi, dit la chronique, « aucuns pamfiles »*, partit de Fama- gouste le 20 juin 1300. Raymond Visconti commandait les troupes^. Ils rencontrèrent près de Rosette cinq galères sarrasines qui se retirèrent dans larivière'. Lacôtefut dévas- tée et brûlée : la flotte se présenta même encore une fois devant Alexandrie qu'elle trouva préparée à la résistance'. Acre fut attaquée, puis Maraclée, mais les Hospitaliers durent se retirer eu désordre devant la garnison sarrasine^ Ils abor- dèrent à Tortose aussi, avec quelque succès. Enfin, une nou- velle ambassade du Grand Khan annonça la reprise des hostilités pour l'hiver ; Amaury de Lusignan, frère du roi et connétable de Chypre, alla l'attendre à Tortose, avec six cents chevaliers. Son allié ne vint pas au terme fixé : le froid dans les montagnes et les maladies le retinrent pendant longtemps. Son général Koutlouk-Schah, arriva seul avec 40,000 hommes, beaucoup plus tard : les environs d'Alep furent dévastés pendant cette campagne^. Quelques années après ces victoires passagères, l'Arménie était ruinée par les Sarrasins, qui brûlèrent Sis, sa capitale, pendant qu'une flotte, partie de Tunis, chassait les Hospitaliers de l'île de Ruad(1302)\

1. Amadi. pp. 255-6; Bustron, 130-31.

2. Gestes (les Chi/prois. p. 303. Amadi les appelle « pamfletti » (p. 236), cf. Bustron. pp. 130-31.

3. « l^aimon Visconte » (Gesles. p. 303). L'n personnage do même nom, Jean le Vicomte, fut tué par ordre du roi Pierre en 1368; « Ber- mondo Visconte » (Amadi, p. 236). Cf. Bustron, 130-31.

4. « Contra el tiume », Amadi, p. 236; « ccntremont le flum », Gesles, p. 303.

5. Ihid. V. encore sur ces événements, Sanudo, Secr. fld. crucis, dans Bongars, Gesta Dei par Francos, II, 242, Ilist. arm. des croisades, 1546, Rohricht, dans les Forsch. zur deutsch. Gesch. XX, 116, et les Arch. Or. Int., I, 647-8.

6. Gestes des Chi/prois. p. 304; Amadi, 237; Bustron. 132.

7. « De Calepo iino a la Camélia» (Héms), .\madi, 238-9; Bustron. 132-3; Gestes des Chi/prois, 305-6.

8. Gestes, pp. 308-9; Amadi, 239-41: Bustron, 13.3-4. Le pape défen- dait, le 3 avril 1304, le commerce des Vénitiens avec les pays musul- mans {Mon. storic. publ. dalla /?. Dep. Veneta di st. pat., première série : DociimeuttW , Diplomatariuni Veneto- Levant i num. . . a. 1300- 1350, Venise, 1880, pp. 19-20). Il confirme les décisions du concile de Lyon contre les «mauvais chrétiens». (Diplomat.. 20-21). Pour la croi-

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En même temps l'Occident s'agitait aussi. En 1306, Charles de Valois se disposait à partir pour l'Orient au mois de mars de l'année suivante, par Brindisi. Venise lui offrait, pour son compte à lui, des vaisseaux de transport : une flotte devait croiser dans les mers orientales *. Des mésintelligences avec les Catalans empêchèrent l'expédition de ce prince, qu'on croyait appelé à restaurer l'empire latin de Constan- tinople^ L'agitation recommença en 1309 : on préparait déjà des vaisseaux dans les ports de la Méditerranée, le pape invitait le roi de France à prendre la croix comme ses ancê- tres. Le concile de Vienne, qui devait se réunir bientôt, allait proclamer cette nouvelle croisade. De nouveaux mémoires apparurent : le roi de Chypre en envoya un, très pratique et très détaillé ^ Il fut présenté au concile par Jacques de Ca- siatis, chanoine d'Ancône, et Simon de Carmadino (1311-12)*. L'expédition ne partit pas encore.

Les troubles intérieurs empêchèrent la croisade en 1316, quand on croyait qu'elle allait commencer enfin: Louis, fils du comte de Clermont, et Jean de Charolais, son frère, se dis- posaient à partir déjà avec l'avant-garde des croisés, quand éclata la révolte des Pastoureaux. Charles de Valois avait pris la croix lui-même depuis trois ans, à cette époque; de- venu roi (1322), il continua ses efforts: il était question d'une flotte sous le vicomte de Narbonne, d'une armée de terre sous le commandement du même Louis, plus tard duc de Bourbon. On ajourna sans cesse le départ. La cession de Jérusalem aux Francs, qu'on croyait possible en 1327, n'était qu'une illusion''.

sade à cette époque, voy. encore Kohler et Langlois, Lettres inédites concernant les croisades (dans Bibl. Ec. des Ch., LU, 1891, p. 46).

1. Delaville le Roulx, p. 45. Diplom., pp. 48-55. Heyd, Le colonie, tr. G. Mùller, I, 3i4-5. II. Moranvillé, Les projets de Charles de Valois, dans la Bihl. éc. ch., \890 (LI), pp. 63-86. Le départ fut sans cesse ajourné (Delaville le Roulx, 75-6 ; 76-8). V. sur une expédition, que projetaient les Hospitaliers à la même époque, ibid., II, pp. 3 et suiv. Foulquesde Villaret s'excuse (27 janvier 1311) envers le roi de France de ne pas lui avoir annoncé des intentions qu'il devait connaître par le pape et par des lettres qu'on avait envoyées à Guillaume de Plaisians. On armait par- tout à grands frais des galères, on achetait des chevaux et des provisions.

2. Gestes des Chyprois, p. 305.

3. Delaville le Roulx, I, pp. 58-9.

4. Mas-Latrie, Hist. de Chypre, II, 118-25; Heyd, l. c, 345, note 2.

5. Delaville le Roulx, I, pp. 79-85. Lot, Essai d'intervention de Charles

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La tentative suivante fut la plus sérieuse ; Philippe de Va- lois était tout à fait disposé à entreprendre cette expédition tant de fois interrompue. Jean XXII, l'âme de ces derniers efforts, lui accorda des privilèges en 1330 et 1331 \ On demanda le concours de Venise, qui offrit des vaisseaux de transport pour une nombreuse armée et des mariniers pendant six mois à la solde de la République. En 1332, le roi prit la croix, et des commissaires furent nommés pour pré- parer le départ. Philippe avait à sa disposition la dîme ecclésiastique pour six ans, les annates, le rachat des vœux faits pour la croisade, les dons accordés aux églises sous certaines conditions, les amendes, indulgences et confis- cations". Le médecin de la reine-douairière, Jeanne, Guj de Vigevano, le célèbre Brocard lui adressèrent des mé- moires : il devait partir par mer, pour ne pas laisser deviner son but, prendre les devants avec ses hauts barons et le clergé, se réunir à Naples avec Robert d'Anjou et attaquer les Sarrasins, après avoir reçu les troupes parties après lui \ On traitait d'une ligue à faire avec les Vénitiens en 1333, l'année même oi^i Philippe fut nommé général de la croisade*. L'empereur byzantin y adhéra: on demanda de Venise le consentement du roi de Chypre (18 no- vembre 1333), en l'invitant à envoyer à cette fin des ambas- sadeurs à Rhodes ou à Négrepont^ Puis, pour fortifier en- core la position des chrétiens, la Sainte Union fut formée

le Bel en faveur des chrrtiens d'Orient, tenté avec le concours du pape Jean XXII, dans la Dibl. de. ch., XXXVI, pp. 588-600.

1. Delaville le Roulx, I, pp. 86-102. Lot, Projets de croisade sous Charles le Bel et sous Philippe de Valois, Bibl. éc. ch., 4» série, 1859 (XXV), pp. 50-1-9. Boislislc, Projet de croisade du premier duc de Bour- bon. Ann.-Bull. de la Soc. de l'histoire de Fr., IX. 230-6, 2'i6-55.

2. Delaville le Roulx, I, pp. 87-88. Les Vénitiens lui envoyèrent à cette occasion (le 11 mai) des ambassadeurs, qui exposèrent, entre autres : « Quod dictum passagium fiât cum tanta provisione tantoque exfortio et quantitate militum et peditum armatorum et bellatorum, ac sic furnitoram expensis et aliis oportunis, quod possit viriliter et audacter impugnari et resisti fortie et potentic inimicorum tidei chris- tiane, et quod id quod recuperaretur, defendi et manuteneri par futura tempora valeat. » (Dijuamatarium. p. 220.)

3. Mas-Latrie, Ilist. de Chiipre. III, pp. 725-6. La pièce a été publiée depuis par Delaville le Roulx, II, pp. 7 et suiv.

4. Delaville le Roulx, o. c, I, p. 99.

5. Mas-Latrie, Nouvelles prcxives de l'histoire de Chypre, Bibl. de l'éc. ch., XXXIV, p. 65, note.

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k Avignon, le 8 mars 1334. Philippe y avait envoyé Hugues Quiéret et maître Guy Baudet, doyen de Paris ; des am- bassadeurs rhodiens, chypriotes et vénitiens assistaient aux délibérations, que présidait le pape\ Quarante-six galères devaient se réunir à Négrepont au mois de mai suivant et combattre pendant cinq mois contre les Turcs : Rhodes en donnerait dix, Venise le même chiffre; Chypre et l'em- pereur byzantin figuraient avec six galères seulement ; le reste aurait été fourni par le pape et le roi de France, L'année suivante, la ligue devait déployer des forces plus imposantes : 800 hommes d'armes, 32 galères et 32 vaisseaux; le roi de Sicile, et peut-être aussi les Génois et les Pisans, participeraient à l'expédition'. L'époque avancée de l'année empêcha tout mouvement de. troupes sérieux pour le premier terme. La mort de Jean XXII (4 décembre 1334) fut un grand coup porté aux préparatifs. Cependant, malgré l'inac- tivité de la ligue, l'idée de la croisade était encore très vivace. Il fut question de partir en 1335: on arma des vais- seaux pour l'avant-garde, Philippe fut confirmé dans sa fonc- tion de chef des croisés par Benoît XII. Les rois de France, de Bohême et de Navarre s'étaient réunis à Villeneuve-lès- Avignon, la flotte de Venise et les Hospitaliers attendaient en Crète, lorsque survint la guerre avec l'Angleterre ^ : l'ère des croisades était entravée pour longtemps en Occident.

1. Commem., III, n° 321 (le résumé dans le second vol. de la publi- cation du même nom [R. Predeili], / libri commemoriali délia Hepub- blica di Venezia, rerjesli, ^'e^ise, 1876-83. 8", p. 54).

2. Le pape et le roi devaient fournir quatre cents lances et seize vaisseaux, Rhodes six galères et huit vaisseaux de transport, deux cents lances, Chypre six galères, quatre vaisseaux etmille lances (sîc), le roi Robert de Sicile probablement quaire galères et quatre vaisseaux, ^'enise dix galères, l'empereur grec six et les Génois et les Pisans d'autres contingents peut-être. Le pape ne s'engaj^e pas à remplacer les vaisseaux qui ne seraient pas prêts à temps, ni à payer ses gens d'armes plus de douze florins par mois ; il ne se considère comme engagé qu'autant que la ligue contiendra la France, Venise et Rhodes. V. plus haut note 1. C'est dans une réponse donnée à l'ambassadeur de Venise à Avignon par le cardinal de St-Etienne sur le Caelius que se trouvent ces renseignements précieux. Romanin (Sioria docum. di Venezia, III, p. 113) parle de 40 vaisseaux seulement pour l'année 1334. Chypre est taxée en 1335 pour 100 gens d'armes, ce qui est évidem- ment le vrai chiffre (ibid., 114).

3. Delaville le Roulx, o. c, I, pp. 100-102. 11 y eut cependant des combats sur mer entre les chrétiens, sous Jean de Cepoy, et les Turcs, en 1334 (v. sources et récit ap. Ileyd, o. c, I, 376 et suiv.).

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Néanmoins la ligue ne s'était pas dissoute, bien qu'elle ne tentât plus rien pendant de longues années. Au mois de sep- tembre 1338, André de Molino, bailli des Vénitiens en Chypre, accuse réception d'une somme, qui lui a été envoyée par la République, pro dobilo Sarace7iorum\ L'année précédente, Hugues IV s'était signalé par une grande victoire sur les Turcs et leurs alliés, « les ennemis de la foi catholique, les chrétiens abâtardis » ^ victoire qu'on ne connaît guère que par la lettre de félicitation du pape. Benoît XII parle de ses grandes pertes, qui ne doivent pas lui causer de décourage- ment, mais, bien au contraire, le rendre plus fort et plus vigoureux, dans la poursuite de ses projets.

La position du vainqueur était cependant assez difficile : pressé par les Turcs, Hugues demanda en 1341 le secours des Hospitaliers. On lui promit d'entretenir le pape de ce sujet, et le roi lui-même envoya Lambert, évèque de Li- raassol, pour demander du secours contre les embûches de ses ennemis, qui, dit-il, menaçaient de ruine la chrétienté orientale. Dans son chemin, il devait demander l'intervention des Vénitiens ^

Le pape fit tous ses efforts pour amener une entente entre les deux puissances chrétiennes de l'Orient : une ligue fut formée entre le roi de Chypre et les Hospitaliers, par l'in- termédiaire de Henri, patriarche de Constantinople. Le même fut envoyé à Venise avec des lettres pontificales, demandant l'assentiment de la République, qui souffrait aussi dans ses intérêts à cause des pirateries des Turcs. Guillaume Curti, cardinal-prètre des quatre Couronnés, fut nommé légat apos- tolique à Venise : il devait gagner à l'idée de la croisade une quatrième puissance, Robert, roi de Naples*.

1. Commem., IH, n^ 421; t. II, 73. L'explication: per pagare il Irihnlo al soldano? n'est pas, semble-t-il, fondée.

2. Les chroniques chypriotes (Amadi, Bustron) ne contiennent pas de renseignemenis sur les guerres d'Hugues IV. Les rjestes s'arrêtent au commencement du siècle. Mâcheras commence sa chronique avec le règne de Pierre I<■^ ainsi que son traducteur, Strambaldi. Sur la lettre du pape, voy. lîinaldi,.l?jnc//('srrc/e.s/ff.>î//r/. XXV.p. l'uS, ann. I;{:î8,5i72.

3. Commem.. 111, n» 563; t. 11, p. 'Ji); cf. .Mas-Latrie, Ilist. Chtjp.. II, p. 180. Il est question de Lambert Haldoino della Cecca, évèuuè de Limassol, | 1348, (Delaville le Roulx, I, p. 104).

4. Commem., IV, n" 18; t. II, p. 117.

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La politique des Vénitiens est alors la même que pendant leur histoire entière: tout en gardant de bons rapports avec les Infidèles, ils verraient cependant avec plaisir la destruction d'une puissance dont ils espéraient hériter. Ils offrent leur concours au pape, après la mission deCurti', tout en envoyant leur grand chancelier au Caire, pour y traiter avec le Soudan \ Le 8 août 1343, Clément VI leur annonce la formation d'une nouvelle ligue entre les Hospitaliers, Chj'pre et lui-même: les Vénitiens devaient contribuer avec cinq ou six* galères à la flotte de 20 gros vaisseaux, qui devait se réunir à Négrepont, à la Toussaint. Les habitants de Négrepont devront fournir leur contingent spécial \ ainsi que les seigneurs de Milo et de Paros". Il avait demandé vainement, parait-il, le concours du roi de France". L'empereur byzantin se rallia à l'expédi- tion plus tard ' : les Génois, les Pisans et le roi d'Aragon louè- rent quelques vaisseaux au pape^ La ligue, qui devait durer trois ans, avait pour but de chasser les Turcs de la Grèce et de défendre ^Arménie^

Aussitôt Clément VI prit les mesures propres à assurer le succès de l'expédition. 11 déclare dévolue à la croisade la dîme de tous les revenus ecclésiastiques, en France, en Espagne, en Angleterre et ailleurs, sauf sur les possessions des Hospitaliers. Il détermine la manière dont on devra la percevoir et l'administrer, menaçant des censures ecclésias- tiques, du séquestre des revenus, du bras séculier enfin, ceux qui voudraient s'y opposer. Ceux qui emploieront d'une autre

1. V. la réponse de Clément VI (8 août 1343), Commem., IV, n° 53; t. II, p. 124. 1000 ducats furent accordés par Venise au Dauphin le 10 nov. 1346 (Sanudo, Muratori, XXII, c. 777 d-e).

2. Nicolas Zeno (Chron. vénitienne depuis Attila, Bibl. nationale, Italien, 16, f" llOV Cf. Romanin, 111, 148.

3. Eu égard aux avantages de l'entreprise. Commem., IV, n° 53.

4. Ihid.

5. Les héritiers de Niccolô Sanudo (Bosio, DelVistoria délia sacra reli- gione di S. Giovanni Gerosolimitano, Rome, 1594, 11, 39).

6. « Delli quali (Venise, Rhodes, Byzance, Chypre et le roi de France) faceva maggior stima, che de gli altri, per le loro maritime forze » (Caroldo, ms. Bibl. nat., f^^ 123-3 v"). Cf. sur les motifs des efforts de Clément VI, Heyd, o. c, I, 383.

7. Caroldo, /. c.

8. Mas-Latrie, L'île de Chypre, Paris, 1879, p. 253, note 2.

9. Rinaldi, XXV, ann. 1344, § 2; Bosio, 11, 39. Les Turcs infestaient surtout la Remanie et Négrepont (Comm., IV, n° 66; t. II, p. 127).

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manière l'argent recueilli, seront excommuniés'. Il ordonne aux prélats do prêcher la croix dans les églises et de la dis- tribuer à ceux qui voudront la prendre : il accorde aux croisés et à ceux qui aideront l'expédition les privilèges des pèlerins en Terre Sainte ^ Le général des Mineurs fut invité à la faire prêcher par les frères mendiants''. Il écrivit à Hugues, pour lui demander son contingent, en lui montrant le danger qui le menaçait du côté de l'Orient \ Des demandes de secours furent adressées à Jeanne, reine de Naples, à Robert, prince d'Achaïe, plus tard empereur de Constan- tinople, à Sanudo, duc de l'Archipel, qui envoya une tri- rème, aux Génois, aux Pisans, aux Florentins et aux Siénois, aux Ancônitains et aux habitants de Pérouse, à Jean Vis- conti, archevêque de Milan, et à Lucchino, son parent, aux délia Scala, Albert et Mastino, à Thaddée Pepoli, préfet du fisc pontifical à Bologne et aux habitants de Pera". La paix fut négociée, par son intermédiaire, entre Gautier, duc d'Athènes, et les Catalans®. On écrivit aux prélats de France, d'Angleterre, d'Allemagne, de Bohême, de Livonie, de Pologne, de Nor- vège etc., pour leur donner des instructions relatives à la croisade^.

Les armements se firent séparément. Les quatre galères du pape partirent de Gènes sous le commandement de Martin Zaccaria, leur propriétaire ^ avec Henri, patriarche de Cons- tantinople, chef de l'expédition au nom de Clément YV ;

1. Bulle au patriarche de Grado et à ses suffragants (déc. 1343). Comm., IV, n« 100; t. II, p. 134.

2. Bulle au même (20 sept. 1343). Comm., IV, n" 66; t. II, p. 127.

3. Wadding, Annales Minorum, VII, p. 322.

4. « Prudenter considerans quantum tibi et subditis tuis, si dic- torum paganorum feritas ulterius invalescat, possit periculum immi- nere. » Rinaldi, XXV, p. 311. 11 devait envoyer ses vaisseaux directe- ment à Négrepont (ibid.).

5. Rinaldi, XXV, p. 311.

6. Ibid.

7. Ibid., pp. 308-9.

8. Bosio, p. 42.

9. 11 était encore à Venise, quand il fut déclaré citoyen de la répu- blique, le 1" août 1343 (Comm., IV, n" 52 ; t. II, p. 124). Je croirais plutôt qu'il partit de Venise; c'est Caroldo qui l'affirme (f" 123 v"). Cf. Vila Caroli Zeni, Muratori, XIX, 209 n. Benoît Zaccaria présenta au concile de Vienne un mémoire, qui n'est pas cependant relatif à la croisade, Delaville le Roulx, I, 60, note i.

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Venise envo3a, à Rhodes peut-être ', cinq galères que con- duisait un homme de grande autorité, Pierre Zeno, le capitaine de la croisade. Les galères catalanes et les cinq* vaisseaux de Gênes s'y rendirent probablement aussi. Rhodes donna six galères sous le frère Jean de Biandrà et Hugues de Chypre quatre autres, sous le commandement d'Edouard, sire de Beaujeu ^

Cela faisait une flotte assez importante, une trentaine de galères bien armées et commandées par un capitaine expé- rimenté. Elle partit de Négrepont au printemps de l'année 1344 : la mer fut débarrassée des pirates turcs qui infestaient les côtes de la Grèce et les îles * ; les principautés d'Aïdin et de Sarou-khan, leur repaire, furent attaquées ensuite '\ Leur flotte fut brûlée enfin dans le port de Smyrne et, profitant de l'absence de l'émir d'Aïdin, Umurbeg®, les chrétiens se saisirent de la forteresse : la ville fut prise ensuite et les habitants massacrés sans distinction ', le jour de la fête des saints Simon et Jude (28 octobre)*. Cette grande cité, cédée jadis par Michel Paléologue aux Génois, perdue par ces derniers vers 1300*, revenait aux chrétiens, qui auraient pu l'employer comme un excellent point de débarquement pour une nouvelle expédition. La joie fut universelle en Occident: cette con-

1. Point de ralliement? Il le fut en 1365. Les vaisseaux du pape y auraient abordé (Bosio, l. c, p. 42).

2. Delaville le Roulx, I, p. 104.

3. Hinaldi, XXV, année 1344, passim. Après la prise de Smyrne, Clé- ment VI félicita sur sa bravoure sa femme, Marie (ibid.,'^ 3). Bosio et, d'après lui, M. Delaville le Roulx (p. 104) font de Conrad Piccamiglio, le commandant des galères chypriotes ; Serra (Storia di Genova e délia Liguria, II, p. 298), celui des Génoiso. V. Vila Car. Zeni, l. c. Des Siciliens, des Français, des Chypriotes prirent part à l'expédition.

4. Bosio. /. c.

5. Mas-Latrie, L'île de Chijpre, p. 252.

6. Morhassan est dans G. Villani le nom de l'émir (1. XII, ch. 39, éd. Dragomanni, IV, 68). Jean Cantacuzène le nomme Amour, ce qui est une mauvaise manière d'écrire le nom de sa dignité (1. III, ch. 68). Mézières donne ce nom à un des trois grands émirs qui régnaient pendant sa jeunesse (Epi/re consolnloire. PYoîssart, éd. Kervyn, XVI, p. 510). — Sur la prise de Smyrne, v. Hammer, Ifist. de Vempire ottoman, trad. Romanin (Venise, 1828). II, 279-81, et Baluze, Vilae pap. Aven., I, 269; Rinaldi, ad ann.

7. Caroldo, f"« 123-3 v. Des vaisseaux byzantins se trouvaient dans la flotte chrétienne le 28 octobre (ibid.).

8. Rinaldi, t. XXV, année 1344.

9. Ileyd, I, 318.

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quête heureuse pouvait être le commencement d'une nouvelle guerre sainte, telle que les siècles précédents en avaient vu. Le pape ordonna des processions, il félicita le doge et lui demanda de persévérer dans cette voie'. Il félicita aussi sans doute les autres promoteurs de la croisade, et jusqu'à Humbert II de Viennois \ dont le rôle ne semble pas avoir été bien grand dans cette expédition. Edouard III fut invité à inter- rompre ses guerres avec la France pour faciliter la for- mation d'une nouvelle armée '. Plusieurs seigneurs, en quête d'aventures, paraissaient disposés à partir pour Smyrne' : on put se croire, un moment, au temps des grandes croisades européennes.

On s'occupait, en même temps, de conserver cette conquête si facilement acquise. Le Grand-Maitre y envoya aussitôt des machines, des munitions et des vivres pour pouvoir se main- tenir dans le château' : on s'attendait à un retour offensif d'Umurbeg. Quelque temps après la prise de Smyrne, l'émir arriva en effet devant la ville avec une grande armée et l'assiégea. Une sortie des chrétiens la mit en déroute: on pillait déjà et le légat rendait grâces à Dieu dans l'église voi- sine de Saint-Jean-Baptiste pour cette nouvelle victoire, lorsque les Turcs revinrent. Le légat lui-même, Zaccaria, Zeno et vingt autres parmi les chefs furent tués ; on put con- server cependant la ville, confiée ensuite à la garde des Hospitaliers", qui revenaient de la sorte dans cette Syrie dont ils avaient été chassés en 1302.

Le pape envoya un nouveau légat, l'évêque de Bologne ; Ber- trand de Baux devait remplacer le capitaine pontifical tué, Martin Zaccaria. Jusqu'alors ces offices avaient été remplis par l'archevêque de Candie et Conrad Piccamiglio ; Jean de Biandràeutle commandement sur les galères'. Puis, ému par

cette défaite des chrétiens, qui rendait leur position si

*•

1. Comm., IV, n» 174; II, p. 149.

2. Rinaldi, /. c.

3. Ihid.

4. BosiO, 0. c, p. 43. ^ ,■ rr ■ i

5. Ihid. V. encore sur la bataille qui suivit, Vita Caroli Zeni, l. c, 209 E-210 D. . .„ „ „„

6. Bosio, II. 42; G.Villani,!. XII, ch. 39, éd. Dragomanni, IV, 68-/0. Le combat eut lieu en janvier 1345.

7. Bosio, II, 43.

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dangereuse devant un ennemi nombreux et infatigable. Clé- ment VI renouvela ses efforts auprès des princes et des com- munes chrétiennes. Il écrivit aux Pisans et aux Florentins, aux habitants de Pérouse et de Bologne: il n'obtint rien par ses prières'.

Il n'y avait donc personne pour reprendre en Orient le rôle de cette ligue si difficilement formée, qui s'était dissoute devant la première défaite. La guerre entre la France et l'Angle- terre occupait l'Occident ; les communes italiennes étaient trop absorbées par leurs intérêts pour les sacrifier à des expéditions, dont l'inutilité devenait de plus en plus évidente; les Vénitiens n'avaient jamais interrompu ce commerce avec les Infidèles, qui était une des grandes sources de leur ri- chesse. A la veille de la croisade, ils avaient demandé au pape des privilèges pour trafiquer avec le Soudan^ ; trois grandes galères étaient parties aussitôt pour Alexandrie, portant le nouveau consul, Pierre Giustiniani^ On leur avait accordé quatre galères d'abord, le nombre en fut accru jusqu'à sept, à cause des dangers*. Bientôt une autre guerre commença entre Venise et le roi de Hongrie, et il ne fut plus possible d'attendre aucun secours de ce côté. Ce fut en vain que Clément VI ordonna des prières pour le rétablissement de la concorde entre les princes chrétiens ''\ la guerre devint de plus en plus favorable aux Vénitiens qui recommençaient la conquête de la Dalmatie. Le 12 décembre 1345, le pape, eu égard à l'utilité de la ligue, la prorogea pour deux ans : per- sonne ne partit cependant pour l'Orient®.

Pendant ce temps la position de Smyrne devenait de plus

1. Delaville le Roulx, I, pp. 104-5.

2. Cronica venez., Bibl. nat., Italien, 16, f" 110. Deux ambassadeurs spéciaux furent envoyés dans ce but à Avignon, Marin Faliero et André Cornaro. Le privilège date du 27 avril (Comm., IV, n"122; t. II, p. 137).

3. Cron.ven., l. c. Avant et non pas après Smyrne, ainsi que parait le croire Romanin (III, 148). Il parle de deux galères de commerce {ihid.).

4. Comm., IV, n" 172 ; t. II, p. 149. Le pape leur donnait en même temps les dîmes ecclésiastiques pendant trois ans, pour con- tinuer à défendre la chrétienté et la sécurité des mers (Romanin, III, 148).

5. Comm., IV, n" 179; t. II, p. 150.

6. Comm., IV, n° 182; t. II, p. 151.

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en plus critique : les petits États chrétiens de l'Orient com- mençaient aussi à s'inquiéter. Pour obtenir peut-être un secours, Hugues IV annonça au pape que le Soudan, effrayé par la prise de Smyrne, avait l'intention de faire tuer « tous les princes catholiques du monde », par des sicaires, qu'il avait engagés dans ce but \ Le pape nomma un nouveau com- mandant pour l'armée de Smyrne, Jacques de' Priuli, prieur de Lombardie ^ Peu de temps après, quelqu'un s'engagea enfin k porter du secours aux assiégés, c'est Humbert II de Dauphiné.

Dès le commencement de l'année 1345, il avait demandé la dignité de capitaine de la croisade « contre les Turcs et contre les non feauls à l'église de Rome ». Il offrait d'entre- tenir à ses dépens 300 hommes d'armes et mille arbalétriers pendant toute la durée de l'expédition, paraît-il, « par mer et par terres »^ : il y aura dans cette armée cent chevaliers et douze bannières. Il armera en plus cinq galères « qui seront siens, dit sa demande, pour nagier, aler ou séjourner à sa ordenance ». En échange, tous les autres chefs des croisés devaient lui être soumis, à moins que le roi de France lui- même ne prît la croix*. De plus, le pape lui donnera le « plein pardon », à lui et à ses hommes : les frais de l'ex- pédition seront payés par l'Église, qui emploiera dans ce but le produit des amendes (« les deniers séquestrez ») et les aides, qui seront imposées sur la chrétienté. Le Dauphin aura aussi la dîme de ses États et de ceux, « esquels le dit dau- phin ou ses subgiez ont terre, hors du royaume de France ». Les conquêtes lui appartiendront, et il pourra les aliéner à son gré, à moins que quelque chrétien n'y eût des droits anté- rieurs. A ces conditions, il se proposait de partir dans le cours de cette même année, à la Saint-Jean.

1. Rinaldi, XXV, p. 500 (ann. 1349). Ne serait-elle pas antérieure à cette date? Le Soudan aurait employé bien du temps à s'effrayer, si on devrait admettre la date donnée par Rinaldi.

2. Abbé C.-Ul. Chevalier, Documents sur le Dauphiné (Montbéliard- Lyon, 1874), p. 106.

3. (Valbonnais], Histoire du Dauphiné, éd. de Genève, II, p. 507. Réimpr. dans Paoli, Codice diplomatico del sacro militar ordine Gerosolimitano, Lucques, \11Z-1 , 11, pp. 154-5.

4. Dans ce cas, et dans ce cas seul, « le dit Dauphin et sa compagnie seront dessous lui » (ibid.).

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La nominaiion par le pape suivit de bientôt cette de- mande. La bulle de Clément VI est du 25 mai 1345 ^ Hum- bert s'était présenté à Avignon et avait reçu des mains du pape, après avoir accepté les conditions de ce dernier, la croix et l'étendard de la sainte Église romaine. Il devait partir le plus tôt possible, le 2 août de cette même année, au pis aller, et arriver à Négrepont vers le milieu du mois d'octobre, avec cent cbevaliers et écuyers au moins, qu'il devait entretenir pendant toute la durée de la ligue ou pen- dant trois ans, en tout cas. Son but devait être le môme que celui de l'expédition qui partit l'année suivante : empêcher les pirateries des Turcs en Remanie et leurs attaques contre l'île même de Négrepont. Personne ne pouvait mieux remplir cette mission, croyait le pape, que « sa personne, illustre par la noblesse de sa famille, douée de puissance, insigne par ses vertus* », et surtout profondément dévouée à l'Église.

Des brefs avaient été envoyés aussitôt à l'archevêque de Crète et à d'autres prélats de l'Orient, pour leur annoncer la proclamation de la croisade. Clément VI écrivit vers la même époque au doge Dandolo ; il déplore les calamités des chrétiens, dont les souffrances s'accroissent continuelle- ment, et lui annonce la nomination de « l'illustre » prince Hurabert de Viennois, comme capitaine général des armées chrétiennes réunies contre les Infidèles ^ Le doge est invité à lui prêter secours, surtout en ce qui concerne les moyens de transport*. Humbert espérait le concours d'une grande partie de la chrétienté, des chevaliers de France — avec le roi peut-être — , d'Angleterre, d'Allemagne, de Sicile etd'Ita-

1. Valbonnais, o. c, If, p. 511. Repr. dans Paoli, o. c, pp. 87-8. Il prêta serment le l*:"" mai, et prit la croix le jour suivant.

2. « Personam tuam, generis nobilitate praeclaram, potentia prae- ditam, virtutibus insignitam » (ihid.). Il devait empêcher aussi la conquête de Cal'fa par les Tatars. Rinaldi, ann. 1344, § 6.

3. « Capitaneum sanctae sedis apostolicae, et ducem exercitus Christianorum contra Turcos » (Valbonnais, II, p. 511). Cf. Arch. de rOr. lai., I, 538.

4. Commem., IV, n" 161; t. II, p. 146; Rinaldi, § 6; cf. Caroldo, f" 127 v. D'après ce dernier, vers la même époque, Pancrace Giustiniani avait remplacé Zeno comme capitaine de la ligue (Capitano délia legà).

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lie\ Un plan secret avait été formé à Avignon pour assurer la victoire delà ligue: quelque temps après, le pape demanda l'avis des anciens du couvent de Rhodes, et surtout du chef des galères de l'ordre à Smyrne, Jean de Biandrà^

Cette même année 1345, Humbert II envoya à Venise Nicolas d'Astribort pour annoncer son prochain départ. Il devait s'embarquer à Marseille, au commencement du mois d'août suivant et arriver vers la fin de septembre à Brindisi, où les galères vénitiennes du golfe étaient invitées à venir pour le recevoir. L'envoyé du Dauphin devait s'informer aussi du prix pour le transport des chevaux de l'expédition à Clarentza^. Trois patrons de Marseille lui fournissaient des vaisseaux pour quatre mois ou, à sa demande spéciale, pour un an ; outre la somme convenue, ils recevraient la moitié du butin fait en mer par les croisés. La flotte devait être prête à partir dans la dernière semaine du mois de juillet, il s'embarquerait lui-même au commencement du mois suivant''. Le Dauphin fut très exact : après avoir laissé l'administration du pays à Henri de Villars, archevêque de Lyon, il arriva à Marseille, au terme fixé, avec sa femme, Marie de Baux, et ses troupes \

Humbert II se faisait des illusions sur le résultat de cette expédition, qui devait finir d'une manière si misérable. Ses forces n'étaient pas assez nombreuses et la ligue, presque dissoute, ne pouvait pas aider beaucoup au succès de cette nouvelle croisade. Enfin, la personne même de son chef devait être une des causes principales de la défaite.

Humbert II avait succédé à son frère, le Dauphin Guignes, en 1333. Il signala son arrivée au pouvoir par un traité avec le comte de Savoie (7 mai 1334), qui ne fut pas très glorieux pour lui, et par des mesures financières contre les officiers de son prédécesseur^ Des querelles entre les nobles de ses

1. Des chevaliers de ces nations se seraient décidés à faire le pas- sage : ils en furent empêchés par les guerres (Bref de Clément VI à Humbert, 28 novembre 1346, Valbonnais, II, 536, repr. par Paoh, II, 89-90 et Rinaldi, 1344, § 6).

2. Bosio, 0. c, II, 47.

3. Cotnm., IV, n" 183; t. II, p. 151.

4. Valbonnais, II, 510.

5. J. Homan, dans les Arch. de l'Or. Int., I, p. 537.

6. liihl. de l'éc. des Charles. I« série, t. I, p. 264-5.

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domaines suivirent, et le Dauphin ne s'en mêla pas trop, plongé lui-même dans des démêlés incessants avec tous ses voisins. Il eut des difficultés avec la France pour Sainte- Colombe, avec Eudes de Bourgogne (133G), et avec l'Église. Bien qu'il fût très pieux (il fonda plusieurs établissements religieux pendant son règne ' et autorisa, dès le commencement, l'exercice delà juridiction ecclésiastique dans ses Etats ^), il se trouva sans cesse en guerre avec les prélats et avec le Pape. Après un voyage à Avignon, en 1336, il révoqua les actes de sa minorité, entre autres celui par lequel il se reconnaissait vassal de l'Église pour quelques fiefs^ A la suite d'une que- relle entre l'archevêque de Vienne et son chapitre (1337), il prit les armes et se saisit de la ville''. Il eut de nouveaux démêlés avec le même prélat, quand une émeute éclata à Romans, en 1341 ^ Il devait au Pape seize mille florins, qu'il ne voulait pas payer, mais il y fut contraint par l'excommunica- tion, et Romans fut réclamée par l'archevêque, que soutenaient les menaces pontificales. L'archevêque de Vienne l'avait ex- communié, et ce fut à Clément VI qu'il dut son absolution^

Ce prince, brouillon et faible en même temps, rêvait de grandes conquêtes dans les pays lointains". Il inspira peut- être la création de cet ordre de Sainte-Catherine, que fondè- rent sous son règne les seigneurs du Dauphiné^ S'il refusa le titre de roi de Vienne, que lui offrait l'empereur Louis de Bavière, en demandant la reconnaissance préalable de ce dernier par le pape^ il s'engageait, par une convention

1 . Il fonda douze chapellenies au chapitre de S. André de Grenoble, en 1345, et fit des donations au Prieuré des Bénédictins de S. Robert(Val- bonnais, o. c, 1,333). 11 fit encore des donations aux Augustinsde Cré- mieu, aux Chartreux de Chalais(?6ù/., 1,317), et fonda une congrégation defilles nobles dans son château de Montfleury(Z/<6i. ec. c/i.,/. c.,p.268).

2. Valbonnais, I, p. 304.

3. Ibid., pp. 309-10.

4. Ihid., pp. 310-11.

5. Ibid., p. 323.

6. Ibid., p. 326. Clément VI succéda le 7 mai 1342 à l'ennemi du dauphin, Benoit XII.

7. De sorte que ce n'était pas la première fois que se réveillaient dans ce prince, fùt-il même « flasque », « les étincelles de l'ardeur belli- queuse... » (André, Histoire de la papauté au xiv^ siècle, p. 238).

8. Dans le but de défendre leur suzerain, de se défendre entre eux, etc., Chevalier, o. c, pp. 35-9.

9. Valbonnais, I, 306-7.

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avec Louis d'Espagne, l'année même de son départ pour la croisade, à construire un certain nombre de vaisseaux, pour conquérir les Iles Fortunées que le Pape venait de constituer en royaume pour ce prince'.

Depuis longtemps, cette idée de la croisade l'attirait. Il avait ordonné qu'elle fût prèchée à Grenoble, dès l'année 1335^ Un nouveau voyage à Avignon l'affermit dans ses dessoins : il alla à iMarseille, où il visita les reliques de saint Louis d'Anjou, son parent et son patron. Puis, à la demande du pape, il défendit dans ses Etats joutes et tournois, pour ne pas distraire les chevaliers qui vou- draient partir pour la Terre Sainte ^ Son fils unique étant mort d'accident en L335, il se décida à se défaire de ses domaines et à partir pour cet Orient, où de grandes choses l'attendaient : il les ofi"rit d'abord au roi de Sicile, qui ne consentit pas à ce marché, peut-être à cause de ses préten- tions trop élevées*. Il réussit cependant à vendre ses posses- sions de Normandie '' d'abord, tout son héritage ensuite, que Philippe de Valois réunit à la France (1343) ^ Plus tard, quand la croisade fut déclarée, il s'adressa à Robert de Sicile, pour en obtenir 30.000 florins, lui offrant en échange les terres qui lui restaient encore ; Guillaume Roger lui acheta enfin ses possessions d'Auvergne et celles qui lui avaient été assi- gnées par le roi pour le paiement de sa rente^

Son caractère explique pourquoi ses demandes avaient été accueillies assez froidement à Avignon. Un ambassadeur qu'il envoya auprès du Pape, « Guillaume de Rhuin », no réussit pas, devant l'opposition des cardinaux ^ On le trouvait trop peu sérieux pour cette grande entreprise, dont l'insuccès pou- vait compromettre les tentatives ultérieures et discréditer l'idée de la croisade. Ce ne fut que devant ses off'res réité- rées que Clément VI consentit à le nommer chef de la ligue

1. Valbonnais, o. c, 334. Cf. t. II, p. 502.

2. HjùL, I, p. 307.

3. Ibid., p. 311.

4. Ibid.

5. Ihid., pp. 321, 330, .332.

6. Ihbl. PC. ch., 1" série, t. I. pp. 269 et suiv. ; Guiffrey, Hist. de la réunion du Dauphiiié à la France, Paris, 1868, 8°.

7. Valbonnais, 1, pp. 330-2.

8. Ibid., 335.

N. JoROA. P/iilippe de iléziéres. 4

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chrétienne : encore, en fixant le nombre des chevaliers qui devaient le suivre et le terme précis de sa mission, prit-il toutes les précautions possibles contre cette incurable légè- reté. Elles ne devaient pas être bien utiles'.

Le faible prince partit de Marseille le2 septembre et se dirigea vers Gênes (où il passa les 14 et 15 de ce mois), après s'être arrêté dans une île voisine ^ pour régler certaines affaires. L'Italie, qu'il traversa par Livourne, Florence et "Venise, ne lui fournit que quelques centaines de chevaliers, 400 Florentins et350 Sien- nois, malgré les lettres exhortatoires du Pape, qu'il apportait avec lui^ Il arriva à Venise quelque temps après le 12 sep- tembre, date où lui fut accordé le privilège de citoyen hono- raire*, et, plus tard, mille ducats; il fut très bien reçu par le dogeDandolo et la noblesse. On acheta pour lui des chevaux à Trévise et, après un séjour assez court, il partit pour Négrepont avec sa suite ^ Il y trouva sa flotte, qui s'était formée pendant ce temps à Céphalonie : un grand nombre des chevaliers les plus illustres de l'Occident l'y attendaient : Hugues de Genève avec sa suite, le chancelier du Dauphiné, Pierre de Loye, amiral delà mer et seigneur de Ligniers, le maréchal de l'ar- mée, Aimon Brunier, frère de Jacques, Jean Allemand, Re- naud de Revel, Etienne de Lucinges, le bâtard de Baux, etc. *.

1. L'évêque de Grenoble et quelques autres parmi ses •fidèles, qui le connaissaient suffisamment, cherchèrent à le dissuader de partir (Valbonnais, o. c, I, p. 335). Il n'avait pas l'argent nécessaire : les sommes, que lui avait données Roger, étant insuffisantes, il fut réduit à vendre par proclamation des privilèges particuliers ou « corporels », en échange d'une contribution volontaire. Il mit des impôts, que ses sujets épuisés ne payèrent qu'après son retour (le « cas impérial » de six gros par famille), il fit appel au clergé et aux chevaliers (ibid.). Déjà, à Marseille, il demanda encore une fois, au roi de France, les 100,000 florins qu'on devait lui payer pour le Daupliiné (ibid.).

2. 11 fit une donation de 130 florins d'or sur la galère même de la sainte croix (in galea srmcle Crucis), le 2 septembre 1345 (J. Roman, Arch. de l'Or. Int., I, 538).

3. Stella, Muratori, XVII, 1085-6. Valbonnais. I, p. 337. Son inten- tion était de débarquer a Porto pisano V. la lettre de recommandation de son envoyé à Venise, et Villani, p. 70.

4. Comm., IV, n"i73; t. Il, p. 149. Passage à Ferrare, Muratori, XV, 424 E-5 A. V. p. 40, note 1 du présent ouvrage.

5. Valbonnais, I, p. 337. Composée presque exclusivement de chevaliers français: on rencontre cependant quelques Italiens aussi (Pierre de Carmignano, Buonaccorso, Paul de Parme). V. Chevalier, pp. 95-9.

6. Ibid., pp. 99-105.

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Six galères dos alliés l'y rejoignirent, quatre armées par le pape, deux autres par le Grand-Maître et Venise'.

L'hiver finit sans actions d'éclat : le Khan des Tatars continua le siège de Caffa^ sans être inquiété par le Dauphin. On ne fit que saisir les vaisseaux qui faisaient le commerce avec le soudan sans licence spéciale : les galères du légat de Constantiiiople, Henri, s'emparèrent ainsi de deux vaisseaux, l'un génois, l'autre grec, qui faisaient surtout le commerce du blé ^

Une chronique italienne cite une victoire remportée dès le commencement, à Métélin, par ses 3,000 hommes de troupes*. Tout ce grand appareil de guerre, inutile dans les eaux de l'Archipel ', coûtait cependant de l'argent. Humbert pressura les Juifs de sou pays, les Lombards et les autres usuriers: il en tira mille florins d'or. Le pape lui-même imposa la dîme en France, en Angleterre, en E^spagne. On décida de choisir l'île de Chio comme lieu de retraite pour les chrétiens, ce qui amena, malgré les efforts du Pape ^ des collisions avec les Génois, qui parvinrent à l'emporter le 16 juin 1346. Les évé- nements qui suivirent sont assez obscurs. Une bulle de Clé- ment VI, citée par Bosio, parle d'une grande victoire à Im- bros, remportée par le Grand -Maître, avant le 24 juin 1347 " : la flotte ennemie fut incendiée dans le port de l'île, et un corps de Turcs, qui avait débarqué à Imbros, aurait été ré- duit à se rendre. D'autre part, une pièce des Archives natio- nales que Michelet publia en partie dans son Hùtoi7'e de

1. Valbonnais. I, p. 337. Il y avait aussi des galères de Chypre. Cf. Valbonnais, II, 537.

2. Le siège dura trois ans, et la grande peste y parut (V. le récit de Gabriel dc'Mussi dans le ms. lat. XIV, 264, f"*42 vetsuiv. de laBibl. de S. Marc, à Venise).

3. Le vicaire en rendit compte aux maîtres d'hôtel du Dauphin, le 13 février 1346 (Chevalier, 0. c, pp. 105-6). Cf. sur Calïa, Bibl. éc. ch., 1''' série, t. I, p. 276, et Stella, 1080 et suiv.

4. Isl. ((elle cose avvenule in Toscana (1300-48), Florence, 1578, p. 198, et Muratori, R. II. Scr., XI, 514; nouvelles éd. (Istorie pistoiesi), Pralo, 1835,Milan, 1845.

5. D'après la chron. de Toscane citée, le Dauphin aurait pris en dix-liuit mois (s/c), jusqu'au 10 fév. 1346, Thèbes, /-'op^ie «oi't- (nouvelle Phocée), la petite Smyrne, .\dramytti et « CoIIace » (/. c).

6. Le pape aurait promis à Ilunibert de demander l'ile à « l'Impé- ratrice veuve .\nne », s'offrant à la lui rendre après trois ans (Valbon- nais, 0. c, I, p. 339). Cf. lleyd, o. c, I, 384 et suiv.

7. Bosio, o. c, II, ann. 1347, p. 48.

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France^, et qui a été analysée plus tard par M. de Pëligny*, mentionne d'une manière excessivement fabuleuse une vic- toire que les chrétiens auraient remportée la môme année « en un plain, entre Smyrne et Haut Lieu ))^

La pièce a l'apparence d'une lettre. « Hue, roy de Cypre », (Hugues IV) écrit à Jeanne de Naples, « trez sainte dame de la réal lingniée des Françoiz », le récit de cette grande vic- toire, pour qu'elle s'en réjouisse avec lui et avec tous « lez autrez crestienz, portans le singne de Ja croix ». La bataille fut livrée près de Smyrne, le 24 juin 1347 : les Chypriotes se trou- vaient rassemblés, avec les autres croisés, dans la plaine*, au nombre imposant, qu'ils n'atteignirent jamais du reste en réalité, de deux cents mille hommes : douze cent mille Turcs vinrent les y attaquer. On combattit pendant toute la journée, et les chrétiens, écrasés par le nombre, allaient se retirer vers le soir, devant les ennemis, aussi « désireux, dit Hugues, de boire nostre sanc, comme chienz sont désireux de boire le sanc des lièvrez ». Désespérés, ils demandèrent le secours du ciel, en criant énergiquement de leurs « voiz enroueez de leur grant labeur et de leur grant feblesce ». Alors apparut, sur un cheval blanc d'une merveilleuse grandeur, un homme portant « baniere en champ, plus blanche que nulle rienz, à une croiz vermeille, plus rouge que sanc ». 11

1. Michelet, liist. de France (éd. de 1837), t. III, p. 190, note.

2. liihl. (le Véc. des Cha7'les, I» série, t. I, pp. 275-8.

3. Ilaut-lieu est évidemment Allologo, sur la côte de l'Asie Mineure, résidence d'un émir qui se soumit à Pierre I" après la prise de Satalie (v. pi. loin). La place, située à 9 milles de mer, était une des plus im- portantes échelles des Francs au Levant. Son vrai nom était "Ay;os OcoXôyo; ; on en fit Altologo, Aïtologo (cf. Mas-Latrie, Vile de Chypre, p. 25i, note 2), Alto-Lloch (Muntaner) Haut-lieu (seul exemple dans cette pièce). Schiltherger en parle dans ses voyages « Die erst (parmi les 300 châteaux qui appartiennent aux Turcs de Brousse) ist gênant Asia, darinne ist sant Johaniis des evangelisten grab....aber die zu land heist es hohes » (éd. .\eumann,. p 9'/). Elle était située, du reste, à 10 lieues seulement au sud de Smyrne (Mas-Latrie, l. c, ihid.). M. de Pétigny croit au contraire que la bataille eut lieu au nord de la ville de Smyrne (25 lieues) prés du golfe d'Adramytti. Quant à la lettre elle- même, elle e.st trop fabuleuse pour qu'on puisse l'attribuer à « la cour d'Avignon » {Bib. éc. ch., 1, p. 276). — .Nous avons découvert depuis, à la l)ibliothèque royale de Munich, un texte latin, en double copie, de celle lettre : nous espérons le publier bientôt en entier (lat., 4.149, f° 300 et lat. 850, f"'' 124-5, xv« siècle).

4. Cf. « Nous. . . estions assemblez; nous n'en poyons plus », etc.

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portait un vôtement de peau de chameau, sa barbe était « très grant et très longue » ; son visage émacié brillait comme le soleil. Il les encouragea à combattre les Turcs pendant la nuit, sous les rayons de la lune, qui brillait aussi « comme le soleil resplendissant». A l'aurore, les ennemis s'enfuirent, tandis que les forces des chrétiens paraissaient plus grandes qu'au com- mencement de la bataille. On célébra une messe en l'honneur de la Vierge et de la sainte Trinité et, comme on voulait séparer les morts des chrétiens de ceux des Infidèles, on de- manda l'aide du mystérieux personnage. Il apparut de nou- veau et, quand on lui demanda son nom, il déclara être « ce- lui qui dit : Ecc(^ agnus Dei. Eccc qui tollit peccata mundi. Celui de cui aujourd'huy vous célébrez la feste ». Quand on alla relever les cadavres, les chrétiens portaient tous un si- gne près de leur tète : une tige terminée par une grande fleur blanche, toute ronde, comme la sainte hostie, avec ces let- tres d'or tout autour: « Je suy crestien ' ». Des voix célestes chantèrent l'office des morts, qui furent enterrés, au nombre de 3,052, « jouste la cité de Tesbayde^ ». Les Turcs perdi- rent 73,000 hommes [sic] dans cette merveilleuse bataille ^

La légende semble avoir été assez répandue vers cette époque. Bzowski donne le récit semblable d'une victoire qu'aurait remportée le fils du roi de Chypre dans la Tliébaïde,

1. Cf. Bzovius, Annales ecclesiastici posl Daronium, II, 958. V. plus bas, p. 5'i et note 1.

2. Deux villes de ce nom se trouvent en Asie Mineure : l'une près de Milet, l'autre dans la plaine, qui s'étend du golfe d'Adramytti au pied de rida (Pétigiiy, BUd. ce. ch., l'^ série, t. I, p. 277, n. 2). (j'est ce qui fait dire à M. de Pétigny que c'est làquc la bataille fut livrée et non à Smyrne. Le témoignage de Méziéres (v. plus loin) est décisif et, du reste, celui qui bâtit la légende sur le fait réel de la victoire, pouvait bien se permettre une petite erreur de géographie. On pourrait observer encore que cette ville de Thèbes ne se trouve pas précisément entre Smyrne et les montagnes, puisqu'une autre chaîne s'étend à Magnésie entre elles : puis, la lettre parle de la Thébaidc, qui pourrait avoir un sens plus large. La place avec les environs avait été occupée par les chrétiens « laquelle, avecquez le pays d'ileuc environ, nous tenonzpour nous et pour loiaulx crestiens » Michelet, 192 ; Pétigny, ibid., pp. 227-8. M. de Pétigny rapproche (/AïW., note) la Tesbai/de de la lettre du nom de Thébaïde que donne Etienne le Géographe à la ville d'Asie Mineure.

3. Arck. mit., M. 105. La pièce provient de l'abbaye des dames de Longchamp. Michelet la donnait dans sa note comme « un échantillon des merveilleux récits par lesquels on tâchait de réchauffer le zèle du peuple pour la croisade » (ibid.).

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en citant comme autorité un « chroniqueur contemporain de Pistoie M, qui a été publié en 1578, puis dans Muratori' et séparément ; il n'y eut pas moins do 700,000 Turcs tués. Elle ajoute quelques autres faits tout aussi fabuleux : dans une église d'Aquila, dit-on, la Vierge apparut précédemment sur Fautel portant le Christ d'une main et la croix de l'autre, avec le corps brillant de lumière. Les enfants nés ce jour-là portaient le signe de la croix sur leur épaule droite. Plusieurs Italiens, émus par tant de miracles, partirent pour ^Orient^

Il y a un fait réel dans cette légende, qu'attestent deux sources différentes, contemporaines toutes les deux : il y eut une victoire des chrétiens près de Smyrne, victoire qui trouva un grand retentissement en Occident. Le vaincu fut proba- blement l'émir même d'Altologo, Zalabi, ou, pour lui donner son vrai nom, celui qu'il porte dans le traité de 1348, « Ze- labi Hiturbequi (TschélébiChidrbeg), fils de l'émir Mahabut Mahamutbegh Aituni». C'est lui qui demanda, en effet, une trêve aux chrétiens et qui envoya ensuite un ambassadeur au pape, c'est enfin avec ce seigneur d'Altologo, que fut conclu le traité du 18 août 1348. On ne s'expliquerait pas toutes ces circonstances, si Zalabi n'avait pas été le vaincu de Smyrne.

Cette bataille fut livrée, à la vérité, près de la ville, et c'est à une faute de transcription qu'est dû le nom de Suiure que lui donne Mézières dans sa Chevalerie de la Passion. Elle eut lieu en 1346, et non pas en 1347, ainsi que le ferait croire la prétendue lettre de Hugues IV^ Philippe, qui y prit part et gagna même ses éperons de chevalier dans le combat suivant, la date de cette année. Un grand nombre de chevaliers de l'Occident y assistaient, sous le commandement de Hum-

1. « Pistoriensis historiarum auctor, qui hoc tempore vivebat, memo- rabat « (Bzovius, II, 958). V. le titre de la chr. p. 5J, note 4. Le récit se trouve aux pp. 511 E-12 li de l'éd. de Muratori, aux pp. 93-5 do la première. Il est fait évidemment d'après la lettre, que l'auteur con- naissait en latin ou en italien.

2. Ibid.

3. M. de Pétigny déclarait déjà que la date de 1346 était la seule vraie (« il y a évidemment ici une erreur de date.... », p. 278), se fondant sur ce qu'une trêve fut conclue au printemps de Tannée 1347 entre les Turcs et les chrétiens, ce qui n'empêcha pas cependant la bataille d'Imbros. Ce qui est très intéressant aussi, c'est que les mé- moires inédits de Pilati, secrétaire du Dauphin, parlent de la nouvelle de cette victoire (près de Smyrne), qui arriva en France au mois de septem- bre, ce qui revient à la date de moisdonnéepar la lettre (cf. ïbid.,i\. 2).

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bert II probablement, et non sous celui de Hugues IV, qui n'y fut pas môme présent, ou d'un de ses fils aînés. Les chro- niques chypriotes représentent généralement le règne du roi Hugues comme celui d'un prince très pacifique, et c'est contre cette politique de son père que s'irritait le jeune comte de Tripoli, plus tard Pierre I". Ses galères prirent part, il est vrai, à la prise de Smyrne et à cette seconde bataille près de la ville, mais le roi lui-même ne se signala jamais par une action d'éclat, en prenant lui-même les armes, ainsi que le fit plus tard son fils et il ne l'aurait pas permis à ce dernier. Enfin, Philippe, qui dit dix o\y servi le roi à Jérusalem, n'au- rait pas manqué de parler de ce fils de Hugues IV, ainsi qu'il l'a fait du « dauphin de Vienne », auquel il n'avait cependant aucune obligation.

Si des centaines de mille de cadavres ne restèrent pas sur le champ de bataille, ainsi que le ferait croire la légende, ce fut cependant une action très importante. UmurbegS l'émir de Smyrne, un des plus grands parmi les chefs turcs, dit Mézières dans son Epître consolatoire , prince peu fanatique, « large et libéral », était l'allié de son voisin et frère à cette bataille de VEsmire^, que gagna le Dauphin lui-même^ La fleur

1. C'est, dit-il, le même Morbaissanl qui conquit les îles de l'Ar- chipel, ce qui aurait rapport à ses attaques sur Négrepont et la Ro- manie, attaques barbares, que décrit énergiquement le pape dans ses bulles sur la croisade : les habitants étaient tués ou vendus comme esclaves, on les contraignait à embrasser le mahométisme(v. Mézières, Epislre, dans Froissart, éd. Kervyn, XVI, p. 510). Mézières énumére encore parmi les chefs turcs « en celluy temps, cinquante ans a passés » (1346), le Soudan d'abord, qui régna « non pas longuement » (Hadji, 134«j-47), « Careman », plus faible, en guerre avec l'Arménie, et l'émir de « Carmien », beaucoup plus fort. Ces notions géographiques mon- trent l'attention avec laquelle Philippe étudia l'état de l'Orient, dès sa jeunesse: l'émir de « Careman » (Krmenek), le grand Caraman, fut, en effet, avec les Egyptiens, le principal ennemi de l'Arménie au xiv« siècle, bien qu'on s'étonne de voir déprécier de la sorte un prince, qui disposait d'une armée de presque 50,000 hommes (Schehâb-Eddin ap. Quatremère, Notices et extraits des mss. de In Bibliothèque nationale, t. XIII, 342, 373). Le second émir est celui de Kermian ou de Kerminan (capitale : Kutayeh) qui mérite de tout point les éloges de Philippe: il avait 40,000 cavaliers aguerris, 700 villes et forteresses ; les Byzantins lui payaient tribut. Ibid., (pp. 340, 354-5).

2. La « Suiure » de Mézières (Chevalerie de la Passion, Bibl. de l'Ar- senal, f°5 12VO-13 v°) n'est évidemment qu'une mauvaise leçon du copiste pour Smyrne. Cf. a la suiure, alesuiure. ala suiure (ibid.). Il la nomme ailleurs {Epistre lamentable, p. hO'i)lesmire (de VEsmire).

3. Épistrc cons.. p. 509. Pour l'année, cf. « à la Suiure, qui estoit lors l'an de grâce MCCCXL'VI ou environ »(Chev. delà Pass-j"^ 12v«-13 v»);

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de la chevalerie chrétienne y combattit vaillamment.